A NNONCEE comme une étape essentielle de la mobilisation des professionnels de santé libéraux contre la « maîtrise comptable » des dépenses, la semaine « santé morte », qui s'est tenue du 26 décembre au 2 janvier, a été un succès en termes de participation, mais a essuyé de multiples critiques, y compris de la part d'une fraction de la profession.
S'il est difficile d'évaluer l'impact précis d'une grève de libéraux, faute de données chiffrées fiables, il est incontestable que les praticiens de ville ont largement suivi le mot d'ordre de fermeture des cabinets, ce qui mérite d'être souligné, car ce mode d'action « extrême » n'est pas dans la culture des médecins libéraux. La Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), majoritaire, s'est immédiatement réjouie de la « réussite » de l'opération, en affirmant que « France entière, toute disciplines médicales confondues, 80 % des médecins libéraux ont participé à cette action » (mais certains estiment que le taux de fermeture normal des cabinets de spécialistes pendant les fêtes de fin d'année atteint déjà 50 %). Du côté des seuls généralistes, la participation a été moindre avec « 60% de généralistes mobilisés France entière », selon un pointage de l'Union nationale des omnipraticiens français (UNOF). Toutefois, dans les régions les plus rurales (Limousin, Auvergne), ainsi que dans la région parisienne, moins de 50 % des généralistes ont fermé leur cabinet.
Les patients ont-ils été sensibles au malaise exprimé à travers cette semaine « santé morte » et, surtout, aux mises en garde des grévistes contre les dérives de notre système de santé (étatisation de la médecine, risque de rationnement des soins, perte du libre choix) ? Il est difficile de le dire. Le mouvement a bénéficié d'une couverture médiatique régulière et abondante, surtout localement, mais les conséquences concrètes de la grève ont été limitées.
D'abord les nombreuses réquisitions prononcées par les préfectures dans presque toutes les régions ont permis d'assurer la continuité des soins. Quant aux hôpitaux publics, selon la Direction des hôpitaux et de l'organisation des soins (DHOS), ils ont davantage souffert des épidémies hivernales que de la cessation d'activité des libéraux. Sauf dans quelques services de chirurgie dentaire ou de kinésithérapie respiratoire, aucune situation d'alerte n'a été relevée par la cellule de suivi national mise en place à la DHOS. Les hôpitaux n'ont d'ailleurs pas enregistré l'afflux massif de patients que certains redoutaient.
Critiques des hospitaliers
En outre, le message des grévistes contre la régulation budgétaire a peut-être été quelque peu éclipsé par l'appel spectaculaire à la grève des accouchements lancé par le Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (SYNGOF), un mouvement qui a été suspendu depuis.
La semaine « santé morte » organisée par le CNPS a soulevé par ailleurs de multiples critiques. Comme prévu, le syndicat de généralistes MG-France ne s'est pas associé à la semaine « santé morte » et il a même condamné le mot d'ordre de fermeture des cabinets, préférant proposer un front commun des libéraux au « Grenelle » de la santé du 25 janvier. Certains responsables hospitaliers ont eu la dent très dure. « Ce n'est pas par une surenchère de conflits sociaux et de grèves honteuses pour le corps médical que nous trouverons des solutions », a martelé le Dr Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (AMUHF). La Fédération hospitalière de France (FHF) n'a pas mâché ses mots non plus. « Dénommer ce mouvement santé morte relève d'une communication en trompe l'il ; la lutte contre la maîtrise comptable recherchée par cette grève revient en réalité à s'offrir des congés à bon compte sans souci de la continuité des soins. » Il y a deux ans, dans le même registre, c'est le directeur de la CNAM, Gilles Johanet, qui ironisait à propos de l'opération « Megève ». Quant au Syndicat national de l'aide médicale urgente (SNAMU), sans juger la légitimité de la fronde du secteur libéral, il a regretté le « monstrueux malentendu » et « l'erreur de cible » qui a donné l'impression aux hospitaliers de « servir d'otages ».
Réactions de la CNAM
Enfin, malgré la trêve des confiseurs, les pouvoirs publics ne sont pas restés sans voix devant ce mouvement. La Caisse nationale d'assurance-maladie (CNAM) a dénoncé ce qu'elle considère comme des « contrevérités », en ajoutant qu' « il est faux d'affirmer qu'il y a limitation des soins ou des remboursements » lorsque les dépenses de soins de ville augmentent à un rythme soutenu. Claude Evin, ancien ministre socialiste de la santé et rapporteur du PLFSS 2001, a également qualifié de « fallacieux » les arguments des grévistes dans le contexte d'une progression des dépenses de santé de 3,5 % en 2001 (sur la base des dépenses constatées en 2000). Beaucoup plus nuancée, la secrétaire d'Etat à la Santé, Dominique Gillot, a considéré sur « France Inter » que l'opération « santé morte » était, pour les professionnels de santé concernés, « une manière agressive de témoigner de problèmes souvent réels ».
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