L E staphylocoque doré est l'une des principales causes d'infections endémiques et épidémiques contractées à l'hôpital. Les infections communautaires sont également fréquentes.
Or, quand il rentre dans le sang, le staphylocoque doré provoque l'une des pathologies humaines les plus mortelles. En 1941, Skinner et Keefer rapportaient que 82 des 122 patients traités à l'hôpital de Boston pour une bactériémie à staphylocoque doré étaient morts de leur infection. Certes, de nos jours, grâce aux antibiotiques, la mortalité est bien moindre. Mais l'apparition de staphylocoques multirésistants aux antibiotiques est préoccupante.
On connaît la fréquence du portage nasal du staphylocoque doré. Il était donc important de voir dans quelle mesure une bactériémie peut provenir de la présence du staphylocoque dans le nez du patient lui-même. Une équipe allemande s'est attaquée au problème et, pour tenter de répondre à la question, a conduit deux études dont les résultats font l'objet d'un seul article publié dans le « New England Journal of Medicine ».
Identité entre les germes des narines et ceux du sang
Une première étude, multicentrique, a porté sur 219 patients ayant une bactériémie à S. aureus. Ces sujets ont eu des prélèvements au niveau des narines. Ainsi, 723 isolats ont été collectés et génotypés.
Dans une deuxième étude, sur une période de cinq ans, on a obtenu chez 1 278 patients, par prélèvement nasal, 1 640 isolats de S. aureus ; ensuite, on a comparé ces isolats à ceux du sang chez les sujets qui avaient ultérieurement une bactériémie à S. aureus.
Les résultats sont les suivants :
- dans l'étude multicentrique, les isolats sanguins étaient identiques à ceux des prélèvements narinaires chez 180 des 219 patients (82,2 %) ;
- dans la deuxième étude, 14 des 1 278 sujets qui avaient initialement une colonisation nasale par S. aureus ont eu ensuite une bactériémie à ce même germe ; et, chez 12 de ces 14 patients (86 %), les isolats narinaires étaient identiques à ceux du sang.
« Une substantielle proportion de cas de bactériémie apparaît être d'origine endogène puisqu'ils proviennent de colonies de la muqueuse nasale. Ces résultats sont en faveur de stratégies pour prévenir les infections systémiques à S. aureus en éliminant le portage nasal de S. aureus », concluent les auteurs.
La décolonisation
Comment conduire cette élimination du portage nasal ? Dans un éditorial, Gordon Archer et Michael Climo indiquent que, idéalement, tous les patients admis à l'hôpital, indépendamment d'un risque présumé de colonisation, devraient avoir une recherche de colonisation nasale. Ce qui nécessiterait un diagnostic rapide. Il faudrait aussi, expliquent-ils, pour éradiquer S. aureus dans le nez, disposer de nouveaux agents topiques (enzymes lytiques, peptides, anticorps) et de stratégies qui préviennent la colonisation en agissant sur les relations germe-hôte. Sans oublier l'immunisation avec les antigènes de S. aureus pour prévenir la colonisation nasale.
« New England Journal of Medicine » du 4 janvier 2001, pp. 344-346 et 55-56.
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