Suicide : diagnostic au laboratoire

Publié le 07/01/2001
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Un jeune homme de 17 ans est conduit aux urgences de l'hôpital des Enfants-Malades de Toronto (Canada) pour un accès de crises convulsives. Sa glycémie et ses électrolytes sanguins sont normaux. En revanche, son éthanolémie est à 14,2 mmol/l. On lui administre des doses répétées de diazépam et de phénytoïne ; au bout d'une heure, les crises convulsives s'arrêtent, mais il persiste des hallucinations et une agitation qui disparaissent graduellement en vingt-quatre heures.
Le dépistage toxicologique urinaire par immunoanalyse est positif pour les benzodiazépines et les amphétamines. Dès lors, même si l'adolescent nie la prise d'amphétamines et si ses parents n'ont pas la notion d'une toxicomanie, les crises convulsives prolongées sont attribuées à l'association d'amphétamines et d'alcool.
Toutefois, on pousse plus loin les analyses toxicologiques urinaires par chromatographie (REMEDi HS) et l'on trouve, en fait, une négativité pour les amphétamines mais une positivité pour la mexiletine, un agent antiarythmique. L'analyse d'un échantillon sanguin montre une valeur toxique de cet agent (44,2 μmol/l pour des valeurs thérapeutiques comprises entre 4,2 et 11,2 μmol/l). On apprend alors que la mère de cet adolescent suit un traitement par mexiletine et que ce médicament est, par la force des choses, disponible à la maison.
Le patient, qui a été renvoyé chez lui, est contacté pour un rendez-vous psychiatrique. Il raconte qu'il a fait une tentative de suicide ; il présente des troubles affectifs et il révèle qu'il a déjà fait, avant celle au mexiletine, des tentatives de suicide que ses parents ont ignorées.
Que s'est-il passé ? Le dépistage par immunoanalyse est une méthode rapide et peu coûteuse, mais il existe des réactions croisées entre les amphétamines et des composés structurellement apparentés : mexiletine, éphédrine, phényléphrine et labetalol. « Notre cas illustre l'importance de confirmer un dépistage urinaire positif par des tests plus spécifiques », concluent les auteurs.

« New England Journal of Medicine » du 28 décembre 2000, p. 1971.

VIEL Emmanuel de

Source : lequotidiendumedecin.fr: 6829