Téléphones portables : pas de lien retrouvé avec les tumeurs cérébrales

Publié le 08/01/2001
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D ANS le « JAMA », l'équipe du Dr Joshua Muscat (New York) fait état d'une étude hospitalière cas-témoins réalisée entre 1994 et 1998 afin de tester l'hypothèse d'un lien entre l'utilisation des téléphones portables et l'incidence des tumeurs cérébrales primaires ; 469 hommes et femmes de 18 à 80 ans ont été appariés avec 422 sujets contrôles. Selon les auteurs, « il n'existe pas de différence de la durée moyenne d'utilisation des téléphones mobiles entre les deux groupes (2,5 heures par mois contre 2,2) et l'ancienneté de l'emploi était similaire (2,8 ans contre 2,7) ». Le risque relatif, tous types histologiques pris en compte, est inférieur à 1 sauf pour le neuroépithéliome, une tumeur rare du système nerveux central.
Pour ce qui est du travail publié dans le « New England Journal of Medicine », il s'agit d'une étude cas-contrôle sur 782 patients soignés pour néoplasie du système nerveux central entre 1994 et 1998 dans les hôpitaux de Phoenix, Boston et Pittsburgh. Les sujets étaient âgés de plus de 18 ans et présentaient un premier épisode de gliome (489) ou de méningiome (197) ou encore un neurinome de l'acoustique (96).
Pour les deux premiers diagnostics, les investigateurs se sont basés sur une étude histologique, alors que pour les neurinomes de l'acoustique seul un examen morphologique (IRM ou scanner) était requis. Les chercheurs ont comparé l'utilisation éventuelle de téléphones portables et leur durée d'utilisation quotidienne des patients atteints de néoplasie avec celle de sujets témoins appariés (âge, sexe, hôpital d'origine...).

Type d'appareil, durée d'utilisation

A cette fin, ils ont systématiquement interrogés lors du séjour hospitalier les malades ou éventuellement leurs familles en faisant préciser le type d'appareil utilisé (avec antenne, kit piéton, kit mains libres...) et la durée moyenne des communications.
« Dix-sept malades (quatre atteints d'astrocytomes anaplasique, quatre de méningiomes, trois de glioblastome, un d'astrocytome, un d'oligodendrogliome, de neurinome de l'acoustique ou d'épendymome et deux de gliomes non spécifiques) et vingt-huit sujets contrôle utilisaient un téléphone portable 15 minutes ou plus par jour (parfois plus de 60 minutes) depuis au moins trois ans », analysent les auteurs. Le risque relatif d'apparition de gliome est estimé à 0,70, celui des tumeurs astrocytaires à 1,1 et celui des astrocytomes à 0,9.
Les investigateurs n'ont pas établi de lien entre la latéralité de l'utilisation du téléphone et l'apparition des néoplasies. Mais ils reconnaissent que « pris individuellement le faible nombre de sujets inclus pour chacune des pathologies ne permet pas de conclure à l'absence de risque à long terme ».
Dans un éditorial associé dans le « New England », les Drs Dimitrios Trichopoulos (Boston) et Hans-Olov Adami (Stockholm) soulignent les différents biais de cette étude (étude cas-contrôle basée sur des données hospitalières, recueil des informations non standardisé - patients ou familles -, introduction récente de cette technologie (moins de vingt ans aux États-Unis), changement de matériel fréquent). Néanmoins, ils considèrent que si l'utilisation des téléphones portables induisait de manière significative l'apparition de tumeurs cérébrales, un risque relatif plus élevé aurait été mis en évidence par les investigateurs.

« JAMA », 2000; 284: 3001-3007 et « New England Journal of Medicine » du 11 janvier 2001 ; 344 : 79-86 (les résultats ont été rendus publiques avant la date de parution).

Dr Isabelle CATALA

Source : lequotidiendumedecin.fr: 6830