L' ANNEE 2000 aura démontré que la politique joue un rôle décroissant dans la vie du citoyen. Tandis que le gouvernement se félicite des résultats économiques obtenus et de la décrue rapide du chômage, les Français semblent, selon une récente enquête, confiants dans l'avenir. Sans doute parce qu'ils ont compris que c'est leur comportement personnel qui assure la croissance et non les mesures des pouvoirs publics.
Malgré le ralentissement brutal de l'activité économique aux Etats-Unis, l'Europe semble en effet devoir prendre cette année le relais de l'Amérique. Même si les résultats du sommet de Nice laissent à désirer. Or, pendant que les citoyens se concentrent sur l'amélioration de leur niveau de vie collectif, le débat politique atteint un niveau de stridence rarement égalé à ce jour. Les camps politiques s'entredéchirent sur des sujets, comme la réduction du mandat présidentiel ou l'inversion du calendrier électoral, dans l'indifférence populaire. Alors que les Américains, frappés depuis longtemps par l'absentéisme, découvrent avec stupeur l'importance du vote individuel dans les élections les plus importantes, les Français observent avec un détachement les divisions qui affectent et la majorité dite plurielle et l'opposition : par exemple, que M. Jospin ait trouvé une majorité de rechange pour l'inversion du calendrier électoral, une partie de l'UDF ayant compensé la défection des communistes, constitue en soi un événement extraordinaire qui en dit long sur la liberté croissante avec laquelle les hommes et les femmes politiques de ce pays entendent agir ; mais, au total, toute l'affaire est déjà oubliée.
Certains politologues américains estiment que l'absentéisme prononcé de leurs concitoyens traduit la vigueur de leur démocratie, en ce sens qu'un grand pays industrialisé ne peut être gouverné qu'au centre et qu'une victoire de la droite ou de la gauche ne change rien à la nécessité, pour quelque parti que ce soit, d'observer ce postulat et donc de satisfaire en gros une bonne majorité de citoyens, même s'ils n'ont pas voté pour le parti au pouvoir.
Aussi bien la classe politique française doit-elle prendre conscience du décalage de plus en plus apparent entre la violence militante de son discours et la pauvreté des enjeux. D'une certaine manière, la sérénité populaire, par comparaison avec la fébrilité des élus, contient un message pour tous ceux qui briguent un poste électif : il y a des domaines précis où leur action est attendue, comme l'insécurité, la réforme des retraites, la politique d'immigration ou la réforme, décidément bien imparfaite, de la justice. Mais ce ne sont pas les domaines où ils sont les plus diligents.
Les Français seraient même plutôt horrifiés par la gabegie (du porte-avions nucléaire à l'hôpital européen Georges-Pompidou) qui semble être devenue la marque de l'action de l'Etat, alors même que l'Etat leur dit comment ils doivent vivre et quelle part de leur revenu ils doivent lui verser. Il est vrai qu'on assiste, depuis longtemps, à une dégradation du civisme. Mais ce phénomène n'est-il pas dû, pour sa grande part, à la corruption du monde politique et au mauvais usage de l'argent du contribuable ?
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