Déployer la guerre contre la résistance bactérienne

Une prise de conscience mondiale

Publié le 30/03/2015
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La guerre contre l’antibiorésistance aurait-elle été déclarée au niveau mondial ? En tout cas, plusieurs pays d’envergure ont pris des positions fortes au cours des derniers mois, au plus haut niveau de l’État.

« C’est vrai que nous avons le sentiment d’une certaine prise de conscience du problème, même si les choses n’avancent pas à la même vitesse partout », indique la Pr Céline Pulcini, professeuse de maladies infectieuses au CHU de Nancy et vice-présidente de la World Alliance Against Antibiotic Resistance (WAAAR) (1).

Une priorité politique

La Pr Pulcini cite notamment l’engagement des États-Unis et du Royaume-Uni. « Un des faits marquants est bien sûr l’engagement de Barack Obama et son souhait de doubler les fonds fédéraux destinés à la recherche sur de nouveaux antibiotiques. Au total, l’enveloppe consacrée à cet objectif devrait atteindre 1,2 milliard de dollars (soit 1 milliard d’euros), ce qui est quand même considérable (2). Mais il faut aussi saluer l’annonce d’un plan antibiotiques quinquennal par le premier ministre britannique, David Cameron (3). L’action de la Pr Sally Davies a été décisive en Angleterre pour faire de l’antibiorésistance une priorité politique (4) », indique la Pr Pulcini, en évoquant enfin le cas de l’Inde. « Là-bas aussi, le gouvernement a annoncé un plan antibiotiques ambitieux et pragmatique suite à la Déclaration de Chennai, lancée par Abdul Ghafur, un professeur d’infectiologie ».

Des messsages à faire passer

Toutes ces actions ne sont pas menées partout à la même vitesse. « En France, cela fait 15 ans que nous avons des plans antibiotiques. Cela a permis des avancées mais il reste encore beaucoup à faire, notamment au niveau de la consommation très importante des antibiotiques en médecine de ville. Dans ce domaine, la France est un des pays les moins vertueux en Europe, en se situant juste derrière la Grèce », souligne la Pr Pulcini, en espérant qu’un nouvel élan pourra être donné via la Task force (lire page précédente) dont elle coordonne le groupe sur le bon usage des antibiotiques. « C’est un combat de longue haleine car le problème de la résistance bactérienne, ne parle pas au grand public. Les infarctus ou les AVC, tout le monde connaît. Mais personne ne se sent concerné par la résistance bactérienne aux antibiotiques. Même chez les médecins, il y a souvent une difficulté à reconnaître à sa juste valeur le poids et les conséquences négatives de l’antibiorésistance ».

Des réseaux en Europe et aux États-Unis

Pour le reste, la Pr Pulcini souligne la nécessité que cette action contre l’antibiorésistance soit menée au niveau mondial. « C’est déjà le cas depuis plusieurs années au niveau de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui essaie de sensibiliser les pays en développement, tout aussi concernés. Sinon, on peut citer la coalition TATFAR qui cherche à développer des actions communes entre les États-Unis (CDC) et l’Europe (ECDC) (5) », souligne-t-elle, en ajoutant que la France essaie de jouer un rôle dans ce combat, via l’alliance WAAAR mais aussi via la SPILF. Trois membres de la SPILF – Céline Pulcini, Leonardo Pagani et Guillaume Béraud – font ainsi partie du comité exécutif du groupe sur les politiques antibiotiques ESGAP (6), de la Société européenne d’infectiologie (ESCMID). « Aux États-Unis, nous avons aussi un membre de la SPILF qui est membre du comité de programme de l’ICAAC (le congrès américain d’infectiologie). Ce qui permet de proposer des sessions communes sur le bon usage des antibiotiques », indique la Pr Pulcini.

Antoine Dalat

Source : Bilan spécialiste