A LA fin de 2001 au plus tard, l'Europe devrait disposer d'une structure de coordination de la recherche sur le SIDA. Avant d'abandonner la présidence de l'Union européenne à la Suède, la France - en l'occurrence le ministre français de la Recherche, Roger-Gérard Schwartzenberg, et la secrétaire d'Etat à la Santé et aux Handicapés, Dominique Gillot - a proposé aux 15 pays de l'Union de créer « un pôle de coordination, consacré aux essais cliniques dans l'infection par le VIH ».
Une étude relative à la mise en place de ce pôle a été confiée au Pr Maxime Seligmann, conseiller scientifique de l'Agence nationale de recherches sur le SIDA (ANRS). Avec le NIH (National Institutes of Health) américain, l'ANRS est l'une des plus importantes structures institutionnelles de la recherche vaccinale contre le SIDA et n'a pas son équivalent en Europe.
A l'initiative de la France, des experts gouvernementaux des pays de l'Union doivent donc préciser les contours et les modalités concrètes de la future structure européenne, dont l'objectif est ainsi défini : « Concevoir et gérer, par la mutualisation des compétences présentes dans certains pays européens, les essais stratégiques, et évaluer, face à des patients en échec thérapeutique, de nouveaux traitements avant leur mise sur le marché. »
Coordonner les essais cliniques
« Nous devons coordonner rapidement les essais cliniques, confie-t-on au ministère de la Recherche. Certains pays comme l'Espagne sont très touchés, mais ne font pas d'essais. »« Nous avons un absolu besoin de poursuivre des essais thérapeutiques, renchérit le Pr Michel Kazatchkine, directeur de l'ANRS. Nous sommes très loin d'avoir résolu l'ensemble des questions fondamentales, notamment celles portant sur la place des tests de vigilance, sur le choix du traitement de première intention, etc. Ces essais stratégiques relèvent du secteur public et l'ANRS ne peut réaliser des essais sur tout ce qui touche au SIDA. »
Depuis 1999, l'ANRS pousse à la création d'une structure européenne : « Les quelques essais européens ont été si lourds à mettre en place que nous ressentons, depuis longtemps, le besoin de nous fédérer. Nous serions alors en mesure de mieux recruter les malades pour des essais où le recrutement n'est pas simple, de mettre en commun nos capacités scientifiques, de mieux dépenser l'argent, d'éviter les expériences redondantes. »
En créant une structure européenne, le ministère de la Recherche entend également favoriser l'établissement d'un partenariat avec l'industrie pharmaceutique, « dans des circonstances rigoureusement définies », et développer des collaborations avec l'Agence européenne du médicament (AEM) et les structures américaines du NIH. « Nous avons beaucoup de difficultés en France à avoir accès à des molécules en stade précoce de développement, en raison des procédures lourdes de demandes d'enregistrement. Si l'AEM pouvait s'appuyer sur une structure européenne, l'Europe serait plus attractive pour les industriels », constate le directeur de l'ANRS.
Des règles éthiques différentes
Dans le domaine de la recherche sur le SIDA, il n'existe actuellement aucune concertation au niveau européen. D'un pays à l'autre, les échanges demeurent ponctuels, faute de structures ad hoc. En Grande-Bretagne, la recherche est l'affaire d'une sous-section du Medical Research Council (MRC). En Italie, un réseau fédère à Rome un ensemble de services. Bien que la recherche y soit très active, l'Allemagne et les pays scandinaves ne possèdent pas d'agence nationale. Les pôles de recherche sont éclatés entre centres hospitaliers, fondations, etc. Seuls les Pays-Bas se sont dotés d'une agence.
Le Pr Kazatchkine soulève par ailleurs un autre problème : les règles éthiques sont très différentes d'un pays à l'autre.
Séduisant, le projet de construire un pôle européen n'a pourtant pas suscité que l'enthousiasme dans les pays membres. Les désaccords portant sur la forme plus que sur le fond. C'est la raison pour laquelle il n'est plus question de créer une agence européenne, mais une structure, terme vague et consensuel. Le concept d'« agence » fait peur, évoquant pour certains « une machine européenne de plus, avec des fonctionnaires, des bureaux, beaucoup d'argent et peu de résultats », explique-t-on au ministère de la Recherche.
Querelle de vocabulaire : les promoteurs de la future « structure » entendent bien retomber sur leurs pieds. De son côté, le Pr Kazatchkine nourrit de plus vastes projets. Celui notamment de voir naître, parallèlement à l'effort entrepris sur les essais thérapeutiques, un espace européen de la recherche sur le vaccin contre le SIDA. « J'espère pour 2003, conclut-il, un plan d'action global de l'Europe sur le vaccin anti-SIDA. »
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