Fallait-il retarder ces élections aux URPS ? Peut-être. Il n’y a eu aucun débat contradictoire, aucune réunion de terrain. Tout était du niveau tract électoral pour ne pas dire publicitaire. Il peut paraître surprenant que les programmes aient peu porté sur ce que les candidats voulaient faire aux unions. Ils portaient sur des objectifs politiques, syndicaux, nationaux.
En théorie les URPS n’ont aucun rôle politique ou syndical. Ce ne sont que des organismes techniques : argument assez hypocrite régulièrement opposé à un élu URPS de « l’opposition » lorsque ses propositions dérangent. En fait, l’intérêt suprême de ces élections, c’est de déterminer quelles structures syndicales auront le pouvoir de signer au nom des médecins libéraux différents accords dont la convention. Mais il peut arriver que des URPS mettent en place localement des organisations, à la demande notamment des ARS... tout en dénonçant les principes dans leurs programmes syndicaux nationaux !
Cette ambiguïté politique/technique est le péché originel conceptuel des URPS. Elles devraient être le parlement professionnel élu, représentant des médecins libéraux, les syndicats ayant alors le rôle d’expression de courants d’idées et d’organisateurs de moyens d’action.
Surenchères stériles
Concernant les programmes, ce qui frappe, c’est la surenchère notamment dans la valeur des honoraires. L’objectif est légitime. Mais cela n’a aucune crédibilité faute de préciser comment ils entendent le permettre économiquement via l’organisation du système de soins. On peut se faire plaisir en disant ce n’est pas notre problème, l’État, les caisses les patients n’ont qu’à payer. Sauf que, dans la vraie vie, cela ne marche pas ainsi. Ce n’est pas CPTS ou autres coquecigrues à la mode, parfois utiles mais dispendieuses financièrement et en temps soignant, qui résolvent l’équation.
Les revendications hospitalières de plus de lits, plus de moyens humains et financiers, ne tiennent pas la route si on ne s’interroge pas et ne modifie pas la place de l’hôpital et si on ne le réorganise pas par rapport à sa mission de base. De même, il faut remettre en cause le mille-feuille anarchique du système de santé et redonner vie au concept de médecin généraliste traitant qui n’est pas le gestionnaire administratif du soin ou un DRH d’équipe soignante, comme on est en train de le transformer.
Inefficacité patente
On a aussi constaté dans ces programmes la dénonciation de tarifications imbitables ou inadaptées aux réalités, la complexification administrative des soins, la gestion pagaille des divers tiers payants, etc. Pourtant, en grande partie, cela provient des textes qu’ils ont signés. Avec l’argument que cela est subalterne par rapport à de grands acquis notamment conceptuels. Aucun ne s’engage à ne pas signer de convention tant que ces éléments qui bouffent la vie des médecins ne sont pas résolus. Ce ne sont pas les solutions techniques qui manquent mais une volonté d’en faire une exigence sine qua non des négociations.
La perception par les médecins de l’inefficacité syndicale et des URPS, au-delà de quelques réalisations, est compréhensible. Ce n’est pas l’accumulation d’actions, de publications — elles ne manquent pas — qui doit être jugée, mais leur réelle pertinence pour le quotidien de l’ensemble des médecins. Et d'ailleurs, est-ce bien aux médecins de financer les URPS ? En ce sens, l’absence de programme concret sur ce que l’on veut faire dans les URPS, et comment, est frustrant.
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