« Des hôpitaux saturés d'ici à à six semaines » : l'épidémiologiste Catherine Hill critique « les mesurettes du gouvernement »

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Publié le 24/09/2020

Crédit photo : DR

Ancienne épidémiologiste de Gustave-Roussy et célèbre, entre autres, pour son rôle dans la révélation du scandale du Médiator, Catherine Hill n'a pas mâché ses mots lors de la session « Spéciale Covid-19 » organisée en ouverture du 6e congrès de la Société française de médecine prédictive et personnalisée (SFMPP), qui se tient le 24 et le 25 septembre à Paris. Elle a fortement critiqué les indicateurs employés par les autorités françaises pour assurer le suivi de l'épidémie de Covid-19, ainsi que les stratégies déployées.

En se basant sur les données d'hospitalisations, Catherine Hill a établi des moyennes quotidiennes d'hospitalisations, lissées sur 7 jours. Avec ce mode de calcul, au plus fort de l'épidémie, vers fin mars, on dénombrait 3 394 hospitalisations par jour, contre 606 actuellement. « Si on applique une échelle logarithmique, on voit que l'on est sur une croissance exponentielle qui, si elle se poursuit, nous hissera au même niveau que mars dans 4 semaines », explique Catherine Hill. En ce qui concerne les admissions en réanimation, la tendance est un peu plus lente, mais l'épidémiologiste estime qu'elles seront aussi nombreuses qu'en mars d'ici à 6 semaines. « C'est moins évident qu'au début de l'année car le phénomène est plus diffus, sur l'ensemble du pays et non plus sur quelques régions très touchées », analyse-t-elle.

Une saturation inéluctable des services de santé

Si la saturation annoncée des systèmes de soins apparaît comme inéluctable à l'épidémiologiste, c'est parce que « rien n'a changé depuis le début de l'année ! », soupire Catherine Hill qui n'est pas du tout convaincue par les dernières mesures annoncées. « L'Etat continue de prendre des mesurettes : on ferme les bars à Marseille, on les laisse ouverts à Paris, on ferme les boîtes de nuit… Les gens se réuniront ailleurs !, poursuit-elle. Nous ne savons pas où les gens s'infectent car nous avons une très mauvaise idée de qui sont les personnes qui arrivent en réanimation. »

Pour lutter contre cette épidémie, Catherine Hill préconise de tester massivement la population pour isoler les malades avant qu'ils ne transmettent le virus. « C'est ce qui a été fait à Taïwan et en Corée du Sud, et cela a fonctionné, précise-t-elle. Pendant le confinement, nous avions une chance unique de tester les gens chez eux et d'isoler tous les symptomatiques. Nous les avons laissés s'infecter en famille, et aujourd'hui on persiste dans l'erreur car il est impossible pour un politique de reconnaître qu'il s'est trompé. »

Des indicateurs peu pertinents

« Tous les indicateurs que l'on nous donne chaque jour sont, de façon très étrange, basés sur le nombre de tests positifs, or l'intensité du dépistage change continuellement », dénonce-t-elle. Citant les travaux récents de l'Institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique, elle constate une sous-estimation d'un facteur 10 entre le 13 et le 24 juin, il fallait multiplier les chiffres officiels par 10 pour avoir une estimation de l'épidémie réelle.

Cette dépendance de la France vis-à-vis des données de dépistage et d'hospitalisation est un réel point faible pour la spécialiste. « On n'a pas eu l'idée de faire des sondages en population générale comme en Angleterre où quatre campagnes de tests ont été lancées en mai-juin, juillet, août et septembre sur un total de 590 000 personnes », regrette-t-elle. Ces coups de sonde ont aussi montré que le grand public est en capacité de pratiquer des autoprélèvements nasopharyngés, « pour peu que l'on prévoie de bon support pédagogique comme des tutos vidéo », explique-t-elle.

 


Source : lequotidiendumedecin.fr