Jusqu'à 25 accouchements par jour pour des équipes amputées de moitié et surchargées. Épuisées, les sages-femmes du centre hospitalier de Mayotte (CHM) ont fait valoir leur droit de retrait depuis deux semaines pour dénoncer des conditions de travail jugées « insoutenables ». Entamé le 14 août, le mouvement concerne « toutes les sages-femmes du CHM », a précisé à l'AFP Cloé Mandard, maïeuticienne à Mamoudzou et présidente du conseil départemental de l’Ordre des sages-femmes.
L’organisation nationale syndicale des sages-femmes dénonce des « effectifs dramatiquement insuffisants », des « patientes installées dans les couloirs » et un « rythme de travail insoutenable », jusqu'à 25 accouchements par jour pour des équipes amputées de moitié. Selon Cloé Mandard, 36 sages-femmes sont actuellement en poste à la maternité de Mamoudzou, pour 75 qui seraient nécessaires. En incluant les sites de Petite-Terre et Kahani, le territoire ne compte que 60 professionnelles sur 120 prévues.
Une sage-femme suit en moyenne 24 patientes par jour à Mayotte, contre une quinzaine dans l'Hexagone, et des complications sont régulièrement découvertes au moment de l'accouchement, faute de suivi en amont, explique-t-elle. « On n'a même pas le temps de discuter avec les patientes. On se sent épuisées et démunies », a témoigné pour l'AFP une professionnelle désirant garder l'anonymat.
Tout se fait dans l’urgence
La pénurie de personnel s'auto-entretient : épuisées, des professionnelles jettent l’éponge ou ne reconduisent pas leur contrat, et les recrutements peinent à suivre.
Une jeune sage-femme, qui a souhaité garder l'anonymat, explique n'avoir pas renouvelé son contrat après un peu plus d'un an à Mayotte et être incapable de travailler sur le long terme dans ces conditions, expliquant que « tout se fait dans l'urgence ». Les chambres accueillent parfois jusqu'à trois lits et des accouchements se déroulent dans les couloirs ou sur des brancards, selon les professionnelles interrogées par l'AFP.
Un groupe de travail doit être mis en place pour « trouver des solutions » alors qu'un préavis de grève qui avait été déposé a été suspendu, selon Cloé Mandard. « Tous les ans, on nous répète cela mais il ne se passe jamais rien », regrette-t-elle.
Face à ce mouvement, la direction du CHM n'a pas souhaité réagir. Surnommée « la plus grande maternité de France », le centre hospitalier de Mayotte a vu les naissances exploser depuis quinze ans, passant d'environ 5 000 par an en 2011 à près de 10 000 en 2024.
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