LE QUOTIDIEN – Vous amorcez une nouvelle stratégie. Qu’est-ce qui a motivé ce changement de cap ?
FERRUCCIO LUPPI – Nous sommes partis du constat que dans notre secteur, les changements qualitatifs sont très forts. L’évolution des pathologies, les besoins du patient… imposent que nous adoptions pour notre Groupe une stratégie prenant en compte non seulement des éléments économiques mais aussi les données médicales. Les lignes dictées en particulier par la loi HPST [Hôpital, patients, santé et territoires, NDLR] vont bien au-delà d’évolutions à court terme. Selon nous, pour y faire face, il faut faire évoluer le modèle de l’hospitalisation privée. Notre réflexion, c’est important, est basée sur deux expériences menées par Générale de Santé : la constitution, tout d’abord, de grandes unités, les hôpitaux privés (250 lits environ) pluridisciplinaires – nous en comptons 27 en tout ; la gestion de filières de soins, en particulier en cancérologie, qui fonctionnent très bien.
Pouvez-vous, exercice difficile, expliquer rapidement les grandes lignes de vos projets ?
Notre stratégie s’articule autour de trois axes. Nous estimons, premier point, que nos hôpitaux et nos cliniques constituent, de plus en plus, un réseau qui doit être géré de façon intégrée. À partir d’une ressource qui existe déjà – nos 110 établissements de santé – et en construisant en amont et en aval d’autres unités, nous allons donc créer des « pôles » (une vingtaine). Quand je parle d’« amont », je pense à la médecine de ville et je souligne que nous ne sommes prêts à participer à l’installation de centres de santé ou de maisons médicales de garde. Pour ce qui concerne l’« aval », nous voulons développer beaucoup plus nos coopérations avec les soins de suite et de réadaptation : notre groupe comprend déjà de telles structures, il s’agit de les intégrer maintenant à chaque pôle.
Deuxième axe : la filière de soins. Nous voulons évoluer du simple acte à une vraie prise en charge, en développant les filières. Pour cela, nous nous appuierons notamment sur le projet médical, élaboré à l’échelle des pôles – l’appui du corps médical sera là déterminant.
Ces dernières années, la politique médicale tenait une place particulière à la Générale de Santé. Cela va-t-il continuer et sous quelle forme ?
Précisément, c’est notre troisième axe stratégique. Nous souhaitons renforcer la médicalisation à l’intérieur de notre Groupe. Il s’agit pour nous de faire revenir la question médicale au cœur de notre métier. Notre projet de réduction des effectifs du siège, outre qu’il vise à redistribuer des compétences vers les territoires, va dans ce sens : il faut rendre Générale de Santé plus proche du besoin des médecins et moins administrative.
Quel est le calendrier de toutes ces réorganisations ?
J’insiste sur le fait que ces changements fondamentaux ne vont pas se faire précipitamment. Nous espérons finir en 2011 la réorganisation du siège et la définition sur le papier du périmètre des futurs pôles. Mais élaborer sur chaque pôle un projet médical, en accord avec les médecins sur le terrain, nous prendra au moins toute l’année 2012.
Comptez-vous acquérir de nouvelles cliniques ?
Notre stratégie se base sur la stabilisation du portefeuille actuel. Il n’est pas exclu que nous le fassions évoluer mais cela ne se fera qu’à la marge et pas dans l’immédiat. Au-delà de simples acquisitions d’unités d’amont ou d’aval, nous voulons surtout favoriser les partenariats.
Allez-vous « recruter » des médecins ? Et imaginez-vous de créer des contrats d’engagement sur le modèle de ce que proposent certains de vos concurrents ?
Tous les ans, Générale de Santé accueille entre 300 et 350 nouveaux médecins. Je pense que le principe du projet médical de pôle et l’instauration des filières de soins vont nous aider à renforcer l’attractivité de nos établissements pour les médecins, notamment parce qu’ils pourront travailler chez nous en équipes. Quant aux contrats que vous mentionnez, nous restons attachés au principe fondateur qu’est l’exercice libéral.
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