NEUF ANS déjà. Les 35 heures à l’hôpital public font partie du paysage depuis 2002. Cent mille emplois ont été créés depuis - dont 40 000 pour compenser la réduction du temps de travail -, mais jamais la cadence de travail n’a paru aussi rude au lit du malade. « La bouffée d’air apportée par les 35 heures a vite été remangée par les budgets contraints, remarque Philippe Crepel, de la CGT santé. L’absentéisme progresse à nouveau depuis 2005, et les maladies professionnelles ont doublé en cinq ans ».
De protocoles d’accord en assouplissements, les motifs d’insatisfaction demeurent. Les postes vacants se comptent par milliers faute de personnel qualifié. Le financement n’est pas à la hauteur, et les comptes épargne temps, malgré un apurement partiel mi-2008, débordent à nouveau (plus de 2 millions de jours de RTT stockés étaient recensés à la fin de 2008). La bataille des chiffres fait rage : sur son site Internet, l’Élysée affirme avoir apuré le passif à l’hôpital. « Les nombreuses heures supplémentaires impayées avant 2007 ont été régularisées en urgence », est-il indiqué. Ce que contestent les syndicats.
Malgré tout, les paramédicaux restent attachés aux 35 heures. « C’est un acquis. Retravailler 39 heures serait vécu comme une provocation », prévient Nathalie Canieux, de la CFDT santé. Les coups de canif dans les accords locaux - avec réduction du nombre de jours de RTT en échange du maintien des effectifs - inquiètent les syndicats. « Il ne faut pas toucher aux 35 heures, mais stopper ces déréglementations et revoir l’organisation du travail à l’hôpital », résume Philippe Crepel (CGT santé).
Mea culpa.
Manuel Valls visait-il aussi l’hôpital lorsqu’il a appelé à « déverrouiller » les 35 heures ? Si Martine Aubry a fait son mea culpa il y a quelques années, en admettant avoir imposé trop vite sa réforme à l’hôpital, le Parti socialiste considère à présent que le problème a changé de nature. « L’application des 35 heures à l’hôpital a posé problème au départ, mais il n’y a pas lieu de tout revoir aujourd’hui, déclare ainsi Marisol Touraine, députée et chargée de la protection sociale au PS. Remettre les 35 heures sur la table ne répondra pas au manque de personnel et à l’engorgement des urgences. Ce qu’il faut, c’est traiter le problème de l’emploi, des réorganisations, des conditions de travail ».
L’UMP, poussée par l’offensive Valls, se dit prête à ouvrir un débat sur les 35 heures. Les agents hospitaliers sont sur leurs gardes. Les médecins hospitaliers, eux, se disent indifférents. « Hôpital 2007 et HPST sont passées par là, les 35 heures sont oubliées à l’hôpital. D’autant que nous [les médecins] travaillons déjà 55 heures par semaine en moyenne, au-delà du plafond réglementaire de 48 heures », rappelle le Dr Nicole Smolski, présidente du SNPHAR (syndicat des anesthésistes réanimateurs). Le temps de travail sera l’un des combats du SNPHAR en 2011 : « Nous enjoignons tous les médecins hospitaliers à ne plus faire que 48 heures », précise le Dr Smolski.
Le Dr François Aubart, président de la Coordination médicale hospitalière, affiche lui aussi son impatience. « Seul le premier des trois accords signés en 12 ans sur la réduction du temps de travail des médecins hospitaliers a été appliqué. Les promesses électorales de Nicolas Sarkozy n’ont pas été tenues. La communauté médicale répond présent, mais est payée en monnaie de singe. Le vrai chantier à prendre à bras-le-corps, et de toute urgence, c’est la reconnaissance du travail des médecins hospitaliers », prévient-il.
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