Évaluation des soins par les résultats patients : les médecins misent sur les Proms

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Publié le 30/01/2026
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Mesures de résultats rapportés par les patients, les Proms séduisent les médecins, qui y voient un outil plus pertinent que les indicateurs actuels pour évaluer la qualité des soins et redonner du sens à leur pratique.

Face aux Prems, les Proms semblent nettement emporter l’adhésion des soignants et des experts

Face aux Prems, les Proms semblent nettement emporter l’adhésion des soignants et des experts
Crédit photo : BURGER/PHANIE

Et si la qualité des soins se mesurait enfin à l’aune des résultats mesurés par les patients à l’issue de la prise en charge de leur maladie ? Réunis au Conseil économique, social et environnemental (Cese) lors d’une conférence organisée par la chaire « Valeur et pertinence des soins » de l’université Paris-Cité, soignants et experts ont plaidé pour les Patient-reported outcome measures (Proms), ces indicateurs de résultats patients jugés plus pertinents que les outils actuels.

« Je ne sais pas ce que les mots “qualité” et “bonnes pratiques” veulent dire. Ce que je sais, c’est que les Proms sont objectivement mesurés et sans interprétation possible. Pourquoi ne pas les généraliser ? », a lancé le Pr Grégory Katz, titulaire de la chaire et président de PromTime, entreprise à mission qui évalue les gains de santé des patients en vie réelle. Prenant l’exemple de l’échelle d’évaluation de la douleur, il s’interroge : « Pourquoi ne donne-t-on crédit au patient que dans ce champ ? »

Rattraper la Suède

Même conviction exprimée par le Pr Dominique Monnet, ophtalmologiste à l’AP-HP et président de la Société de l’association française des implants intra-oculaires et de chirurgie réfractive (Safir). S’appuyant sur l’expérimentation menée en chirurgie de la cataracte, pratiquée 70 000 fois par jour dans le monde, il milite pour « l’instauration de registres standardisés comparant les résultats des patients en vie réelle pour redonner du sens à notre métier et réconcilier les acteurs de la filière de soins ». « Le seul moyen de parler d’une seule voix est de remettre le patient au centre », affirme-t-il, citant la Suède, pays précurseur mais « rattrapable ».

Selon le Pr Monnet, la généralisation des Proms faciliterait également la recherche en CHU, avec une nouvelle génération d’études cliniques reposant sur des données de « vraie vie collectées au fil de l’eau ». Autre avantage : sortir de la défiance actuelle sur la régulation de dépenses. « Les praticiens détestent les coups de rabot à l’aveugle sans pertinence médicale. Avec les Proms, on recrée de la confiance », explique-t-il.

Mieux que les Prems

Le Pr Patrick Rozenberg, président du Collège national des gynécologues-obstétriciens français (CNGOF), se montre lui aussi enthousiaste sur la valorisation des résultats patients. Il reste en revanche très critique à l’égard des dispositifs actuels d’évaluation relevant plutôt des « Prems » (Patient-reported experience measures), indicateurs d’expérience patient (comme la prise de rendez-vous, la communication, confort, etc.) et non pas de résultats de santé. À propos d’e-Satis Mater par exemple, expérimentation lancée par la Haute Autorité de santé (HAS) pour mesurer l’expérience des patientes en maternité, l’obstétricien dénonce « de l’argent mis à la poubelle », évoquant un taux de réponse de 18 % et des résultats « scientifiquement inexploitables ».

S’appuyant sur une enquête européenne auprès de 998 patients (Katz G. et al., NEJM Catalyst, 2024) montrant que 83 % des répondants jugent les Proms plus importants que les Prems pour choisir une équipe médicale, le Pr Katz regrette « le paradoxe français » d’une « puissance publique [qui] finance les Prems […] en totale déconnexion avec les attentes des usagers ». Au-delà de la qualité, l’enjeu est aussi médico-économique. Citant les arrêts de travail liés au canal carpien, qui représentent 83 millions d’euros par an, le Pr Katz rappelle que « le registre Proms vise à favoriser la qualité de vie des patients et in fine à réaliser des économies ».

Les Proms pourraient enfin redonner de l’attractivité et du sens à la filière médico-soignante. « Mesurer sa pratique avec une rigueur scientifique aide à progresser médicalement et dans la relation de soin », souligne Anne-Marie Armanteras, présidente du CA de l’Agence nationale de la performance sanitaire (Anap). Elle veut croire que les professionnels sont prêts à se prêter au jeu vertueux de la comparaison car « les pratiques et la culture ont changé ».

Hélène Delmotte

Source : Le Quotidien du Médecin