Le récit d'un « bizutage trash » à Créteil en 2015 relance la polémique

Les week-ends d'intégration ont-ils encore leur place chez les étudiants ?

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Publié le 24/10/2016
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Crédit photo : JEAN-PHILIPPE KSIAZEK

Le récit édifiant d'un bizutage « trash » des carabins en deuxième année à la faculté de Créteil, organisé par l'association locale des étudiants en 2015 lors du week-end d'intégration (WEI), a eu l'effet d'une bombe dans la communauté universitaire.

Un an après les faits, un étudiant a détaillé au « Monde » les activités « trash » orchestrées par des étudiants de troisième année. Dans une lettre anonyme accompagnée de clichés « gores », il raconte que les nouveaux reçus en médecine se voyaient « jeter à la figure des substances non-identifiées » ou étaient invités « à faire des tractions en répétant "je suis con comme un piston", etc. ». D'autres épreuves étaient infligées comme « lécher des têtes de veau ou de cerf morts, patauger dans une espèce de piscine avec des poumons d’agneau et autres, être aspergé de sang animal, de bouses de vache, d’urine, etc. »

Annulation du WEI 2016

Les réactions ont été vives. La conférence des présidents d'université (CPU), l'Intersyndicat national des internes (ISNI) et l'Association des étudiants en médecine de France (ANEMF) ont condamné dans un communiqué commun « toutes les pratiques aujourd’hui illégales assimilables à du bizutage »

Le ministère de l'Éducation nationale et de l'Enseignement supérieur s'est emparé du dossier. Najat Vallaud-Belkacem a ainsi annoncé l'ouverture d'une enquête approfondie confiée à l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR) « pour faire toute la lumière sur les événements et établir les responsabilités ». La polémique a conduit le Pr Jean-Luc Dubois-Randé, doyen de la fac de médecine de Créteil et président de la conférence des doyens, et Olivier Montagne, président de l'université Paris-Est Créteil (UPEC), à réclamer et obtenir l'annulation complète du WEI 2016 « afin de prévenir tout dérapage ».

Esprit de promotion

Dans ce contexte, les WEI ont-ils encore un avenir en médecine ? Pour Antoine Oudin, président lyonnais de l'ANEMF, cet événement rituel demeure « essentiel à la création d'un véritable esprit de promotion après un ou deux ans de concours intensifs créant défiance et climat de tension entre ces mêmes étudiants ». Les carabins « vivront ensemble les cinq années suivantes sur le même campus, dans les mêmes hôpitaux et ce jusqu'aux ECN », détaille-t-il, ajoutant qu'ils sont très majoritairement attachés à cet événement commun.

Selon le président de l'ANEMF, les textes de loi sur le bizutage sont clairs aujourd'hui, et il n'y a pas lieu de légiférer davantage. « Il serait vain de croire qu'interdire totalement les WEI est la solution idéale, ce serait même la porte ouverte à la création d'événements marginaux beaucoup moins bien encadrés par des étudiants non formés et qui ne perçoivent pas forcément tout ce qu'un WEI peut impliquer en termes de risques et de responsabilités », estime-t-il.

Avec les précautions nécessaires, la tradition carabine ne doit donc pas être négligée. « Les associations étudiantes organisent des WEI depuis leur création, ajoute Antoine Oudin. Elles ont acquis une expérience qui se transmet de génération en génération ».  

S.M.

Source : Le Quotidien du médecin: 9528