Paris (75)
Dr DANIEL WALLACH*
Dans le courrier des lecteurs du « Quotidien du Médecin » du 11 mars, le Dr Raymond Garcia réagit aux articles sur le détournement du numerus clausus en indiquant que les ECN constituent « la solution » à ce difficile quoique prévisible problème. Le Dr Garcia a raison d’incriminer les ministères, c’est-à-dire l’État, dans le maintien du numerus clausus, qui a pourtant fait largement la preuve de sa nocivité. Mais les ECN ne constituent en rien une solution. Tout d’abord, il faut remarquer que cette épreuve, qu’on appelle parfois l’Internat, a une particularité qui la distingue totalement de l’Internat classique : il y a plus de postes que de candidats, et tout le monde est reçu, quelle que soit sa note. Tout est donc en place pour la plus simple des stratégies de détournement : des études à l’étranger sans s’ennuyer à passer le sélectif PCEM1, puis un retour pour passer les ECN qui permettront, certes avec un bon classement d’être Interne de spécialité dans un CHU recherché, mais avec un mauvais classement d’être Interne de médecine générale dans un CHU moins recherché. Puis d’exercer. La médecine générale ? Ne rêvez pas.
* Auteur de « Numerus clausus. Pourquoi la France va manquer de médecins », Springer, 2011.
Perversion pédagogique et escroquerie sémantique
Aix-en-Provence (13)
Pr Gérard Lévy*
Essayons de rétablir la vérité.
Si les étudiants ont le droit de contourner le numerus clausus, ce n’est pas la faute du ministère mais celles des règles européennes.
Le centre de gestion des concours est, comme son nom l’indique, un centre de gestion ; cette administration n’est nullement idiote et fait avec compétence et efficacité les tâches qui lui sont confiées.
Ce qui est idiot, par contre, c’est l’invention française de l’examen classant national (ECN) où tout le monde est reçu quelle que soit sa note, sauf le zéro !
Cela n’existe dans aucun autre pays !!! Il fallait l’inventer…
Cet examen a pour seul objectif de permettre le choix de la spécialité que l’étudiant souhaite exercer et la ville où il pourra suivre le cursus nécessaire. Dans tous les autres pays européens, d’autres solutions, plus intelligentes, ont été trouvées.
Il faut souligner par ailleurs que cette innovation représente une véritable perversion pédagogique.
En effet, à partir de la 3ème année du 2ème cycle des études médicales, les étudiants n’ont plus qu’une préoccupation : préparer l’ECN pour être le mieux classés possible. De ce fait, ils essayent de choisir les stages qui leur laissent le plus de temps libre et pas obligatoirement les plus formateurs !
Ils suivent des conférences de préparation organisées par des personnes payées pour cela par les étudiants et désertent les enseignements dispensés par des professeurs, maîtres de conférences et chef de clinique rétribués par l’Éducation nationale.
On me dira que les conférences d’internat existent depuis fort longtemps ; c’est vrai, mais l’externat et l’internat étaient des concours destinés à sélectionner une élite – on est pour ou contre l’élitisme : ceci pourrait faire l’objet d’un autre débat.
Mais il faut garder aux mots leurs sens : les étudiants hospitaliers ne sont pas des externes et ceux qui ont « réussi » l’ECN ne ont pas des internes.
Ainsi, quand dans le numéro 9 223 du « Quotidien », le Pr Berland écrit que les médecins (formés à l’étranger) ne pourront se targuer d’avoir été interne des hôpitaux français, cette escroquerie sémantique me laisse rêveur.
*Doyen honoraire de la faculté de médecine de Caen
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