Dossier

Réforme du deuxième cycle : lentement mais sûrement !

Par Sophie Martos - Publié le 05/05/2020
Réforme du deuxième cycle : lentement mais sûrement !

Dernières ECNi en 2023, l'épreuve sera ensuite reléguée au rang des souvenirs
SEBASTIEN TOUBON

Si la crise sanitaire a décalé d'un an  l'agenda de la réforme du deuxième cycle des études médicales, les principes en sont actés. Épreuve de connaissances théoriques en début de sixième année, nouvelle approche par compétences, prise en compte du parcours : « Le Quotidien » revient sur ce nouveau trépied de critères à la base du futur « matching » qui remplacera définitivement les ECNi...

Déception. C’est le sentiment qui domine chez les quelque 8 000 étudiants qui entreront en 4e année de médecine en septembre 2020.

Ils formeront la toute dernière promotion à subir les épreuves classantes nationales informatisées (ECNi, au second semestre 2023) alors qu'ils pensaient éviter ce chemin de croix… La raison ? Le maintien des ECNi « un an de plus », confirmé par le gouvernement le 24 avril, en raison de la crise du Covid-19 qui a perturbé la mise en œuvre de la réforme du deuxième cycle dans les facultés. Consolation, cette promo entrant en DFASM1 bénéficiera tout de même du nouveau référentiel de connaissances allégées, mis en œuvre dès la rentrée prochaine (2020). Ce sera donc le programme officiel des savoirs du second cycle et le support d'évaluation pour les ECN 2023, les dernières de l'histoire…

Syndrome de l'imposteur

Car le vent du changement continue de souffler sur les études médicales. Après la suppression du concours de la PACES cette année, cette grande réforme du deuxième cycle (qui conduit donc à la fin des ECN) est extrêmement attendue par la communauté universitaire – doyens et étudiants.

Elle promet une meilleure formation des futurs praticiens à tous les étages : recentrage sur les compétences théoriques fondamentales, priorité à l'approche par compétences et à l'investissement pédagogique en stage, sixième année libérée du bachotage, valorisation des parcours… Objectif ? Des futurs internes mieux préparés et aussi mieux orientés dans une spécialité de façon plus assumée.

C'est l'inverse qui caractérise les études médicales aujourd'hui : stress intense et croissant à l'approche d'un concours couperet peu discriminant, délaissement des stages, orientation souvent par défaut à l'internat et finalement perte de sens. « Nous passons trois ans dans les bouquins pour assurer les ECN, les étudiants ne prennent plus la peine d'aller en stage en fin de 6e année ! Et forcément, ils débutent leur internat moins armés, ce qui leur fait souvent ressentir le syndrome de l'imposteur », analyse justement Roxane Hellandsjö-Prost, présidente de l'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF). L'épreuve des connaissances désormais programmée en début de sixième année doit permettre de se délester du poids des révisions…

Raisonnement clinique 

Ce second cycle rénové promet une pédagogie innovante articulant un nouveau référentiel de connaissances (réduites en volume et moins surspécialisées) avec des compétences cliniques et relationnelles renforcées (lire aussi page 3). « C'est une véritable mutation pédagogique, explique le Pr Patrice Diot, président de la conférence des doyens de médecine. L'approche en stage et en cours sera différente pour développer les compétences. » Le programme devrait incorporer au passage quelques nouveaux items, notamment dans le domaine des sciences humaines et sociales. 

Exit surtout les ECNi en fin de cycle : l'affectation des étudiants à l'internat s'effectuera par le biais d'une procédure de « matching », inspirée du système canadien et suisse. Schématiquement, un étudiant sera classé dans chacune des 44 spécialités grâce à une évaluation basée sur un trépied de critères (lire ci-contre) : épreuve nationale de connaissances (50 % de la note), épreuve de compétences (40 %) et parcours universitaire (10 %).

Une fois son classement connu dans chaque spécialité, le candidat rédigera une liste de vœux de postes et de villes et établira ses préférences. Un mécanisme algorithmique d'affectation est censé faire correspondre au mieux le profil à un poste. « Ce système est plus pertinent, assure le Pr Diot. L'avenir d'un étudiant ayant un projet précis et qui a développé des compétences adaptées ne dépendra plus uniquement des ECN. L'élargissement des critères devrait apaiser les angoisses. » Même si les mieux classés auront toujours l'embarras du choix...

Sophie Martos