Un généraliste quitte pendant les vacances sa maison de santé à Troyes pour un cabinet sur l'île d'Aix

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Publié le 25/09/2026

Le Dr Philippe Beury, généraliste, urgentiste et médecin du sport à Troyes, troque à chaque vacances scolaires son cabinet pour celui de l’île d’Aix en Charente-Maritime. Un exercice insulaire qui le dépayse.

Dr Beury, médecin à temps partiel sur l'île d'Aix

Le Dr Philippe Beury, 67 ans, généraliste, urgentiste et médecin du sport, a signé pour un exercice secondaire pendant cinq ans sur l'île d'Aix, en Charente-Maritime, pendant les vacances scolaires. Cette île a la particularité de compter 210 habitants à l'année, et plus de 3 000 en haute saison.« Cela me permet de dépanner, d'assurer les urgences, d'avoir une activité très supportable par rapport à ce que je fais à Troyes, mais dans un cadre sympathique et avec l'impression de rendre service aux gens », explique ce praticien. Après un premier mois d'essai, il a décidé de poursuivre l'expérience à chaque période de vacances scolaires, à l'exception de celles de Noël et de février.

Une annonce décisive

C'est en cherchant des remplacements ponctuels que le Dr Beury a remarqué une offre, via la plateforme web Remplajob qui met en relation des professionnels de santé entre eux et avec des territoires et des communes. « Je cherchais des remplacements ponctuels, et je suis tombé sur une annonce pour l'île d'Aix. Ce n'était pas une annonce de remplacement, mais une proposition de cabinet secondaire », se remémore le médecin généraliste.

Pour y être allé enfant, le Dr Philippe Beury connaissait déjà l'île. Prudent malgré tout, il débute début juillet 2026 et fait la saison avant de s'engager pour les cinq ans. « Je connaissais bien le coin. Mais depuis, l'eau avait coulé sous les ponts, et j'étais un peu méfiant ».

Un territoire médical à part

Avant son arrivée, l'île ne disposait que d'un relais médical le mardi, et d'une infirmière présente à l'année. Sa venue permet de limiter les rapatriements par hélicoptère l’été, car l'immense majorité des cas relèvent de l'urgence. « Soit je soigne les gens, soit je dispense les premiers soins jusqu'au prochain bateau », précise le Dr Beury. Il se souvient notamment d'un traumatisme crânien chez un homme de 40 ans, survenu à minuit : « Il me fallait déterminer s'il était mal en point à cause de l'alcool ingurgité, ou à cause d’un traumatisme. »

Sa patientèle insulaire diffère totalement de celle de Troyes. « La pratique insulaire est particulière : « L'île compte une centaine d'habitants de plus de 60 ans, environ 1 000 résidents secondaires âgés de 40 à 60 ans, et le reste sont des touristes, détaille le généraliste. Tous les cas sont des urgences, le plus  souvent des coupures d'huîtres. J'ai dû faire plus de cent points de suture en deux mois de vacances, cet été ».

En théorie son cabinet est ouvert de 10 heures à midi, puis de 14 heures à 16 heures. En réalité, le médecin reste joignable sept jours sur sept. « J'ai quatre patients en consultation de suivi ; le reste, ce sont des urgences. Quand quelqu'un tombe sur une huître, il m'appelle». Cet « exercice » dépend essentiellement des marées : « À marée basse, les gens ne se baignent pas mais voient les huîtres ; à marée haute, ils se baignent mais ne les voient pas. Quand ils tombent dessus et s'ouvrent les genoux, ils n'attendent pas les heures d'ouverture du cabinet. Je suis disponible tout le temps, tout le monde à mon numéro », renchérit ce dernier. Au total, le généraliste effectue des journées de 8 heures de travail, sept jours sur sept, contre 14 heures quotidiennement à  Troyes.

« Ici, les gens sont reconnaissants »

Au-delà du rythme, c'est le rapport aux patients qui change profondément. « À Troyes, je travaille 14 heures par jour, et je vois 40 patients », énumère le médecin, dont l'activité au cabinet est largement tournée vers la médecine du sport et de la douleur. « Ici, les gens sont plus reconnaissants. J'aimerais bien qu'on me reçoive à Troyes de la même manière qu'à l'île d'Aix. À Troyes, la patientèle est plus difficile et compliquée à gérer. Nous avons toujours des gens qui arrivent en urgence, et si nous voulons être vraiment utiles, nous sommes vites débordés. À l'île d'Aix, ce sont de "vraies" urgences. Et puis, il y a le soleil et la mer », renchérit ce dernier qui peut accueillir sa famille l'été sur la petite Corse de l'Atlantique. 

Une passion, pas un calcul financier

Pour exercer dans ces conditions, il faut « être un passionné », insiste le Dr Beury : chaque période passée sur l'île représente une baisse de 20 000 euros de son chiffre d'affaires mensuel habituel. « Je ne fais pas ça pour l'argent, mais pour être utile ». Le logement lui est fourni, mais la permanence des soins n'est pas rémunérée en dehors de la période estivale.

A terme le médecin aimerait développer la médecine du sport et la réadaptation pour les habitants présents toute l’année. « Et, dans un deuxième temps, je voudrais également être présent sur l’île d’Aix pendant les vacances d'hiver ».


Source : lequotidiendumedecin.fr