Dès le début de sa formation médicale, Charlotte Vigneron semblait destinée à la mobilité. Après deux échecs au concours de première année, cette Francilienne est en effet partie en Croatie pour des études qui lui ont permis en 2014 de passer le concours de l’internat et d’arriver en médecine générale à Marseille… Puis lors d’un stage en inter-CHU, la voilà qui s’envole pour la Polynésie française. « C’est une expérience qui m’a beaucoup plu, je suis rentrée en France pour finir mes études, mais je voulais absolument y retourner », se souvient-elle. Une fois son diplôme en poche, elle exerce donc dans le Pacifique : d’abord en dispensaire à Wallis et Futuna, puis aux Marquises, avant de poser ses valises sur l’île de Moorea, à une vingtaine de kilomètres au large de Tahiti.
« J’ai eu l’opportunité de racheter un cabinet, car en Polynésie, les cabinets s’achètent, détaille la généraliste. J’ai trouvé ce que je cherchais, c’est-à-dire une relation différente avec le patient, plus proche à mon avis de celle que pouvaient avoir nos confrères autrefois. » Parmi les aspects positifs de cette relation particulière avec sa patientèle, Charlotte Vigneron cite notamment une tendance à « ne pas venir chez le médecin juste pour un rhume », ainsi qu’une « forme de respect plus présente qu’ailleurs ».
Bientôt la Nouvelle-Zélande
Mais il ne faut pas s’y tromper, le Pacifique n’est pas forcément le paradis terrestre que l’on peut parfois s’imaginer depuis l’Europe. « Il y a en Polynésie un grand problème d’obésité, dû à l’introduction de produits occidentaux et à la sédentarité, déplore la généraliste. De ce fait, le diabète et les maladies cardiovasculaires sont très présentes. » Par ailleurs, le système de protection sociale y est très différent de celui de la France continentale. « Il n’y a pas de carte Vitale, les gens paient la consultation et ne sont remboursés qu’un mois après, seulement à hauteur de 70 %, détaille-t-elle. Cela limite la surconsommation de soins, mais c’est problématique pour ceux qui n’ont pas les moyens, même si les plus précaires peuvent être suivis à l’hôpital et en dispensaire. »
Il n’y a pas de carte Vitale, les gens paient la consultation et ne sont remboursés qu’un mois après, seulement à hauteur de 70 %
Car l’île de Moorea et ses 18 000 habitants sont loin d’être un désert médical. « Nous avons un cardiologue, un radiologue, deux labos, un hôpital rural qui fait les urgences », énumère Charlotte Vigneron… Un milieu dense que la généraliste s’apprête toutefois à quitter pour une île bien plus grande. « J’ai vendu mon cabinet et je pars en janvier pour aller travailler en Nouvelle-Zélande », annonce-t-elle. Une nouvelle étape en forme d’interlude. « Je reviendrai en Polynésie, mais je fais une petite pause d’un ou deux ans », sourit-elle. Rares sont les gens qui savent ce que l’avenir leur réserve, mais dans le cas de Charlotte Vigneron, il semble écrit que le futur sera insulaire ou ne sera pas.
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