Le maire de Saint Julien sur Sarthe (Orne), également généraliste fraîchement retraité, n’en finit pas de faire réagir après ses propos sur les remplaçants notamment. Fustigeant, ceux qu’ils appellent « les remplaçants professionnels », manquant d’éthique et d’engagement, il a suggéré au chef de l’État d’obliger les remplaçants à s’installer au maximum trois ou cinq ans après leur thèse.
Le syndicat des remplaçants et jeunes généralistes ReAGJIR a donc décidé de lui répondre par le biais d’une lettre ouverte écrite par la première vice-présidente Dr Barbara Trailin. « Si je respecte votre opinion, je tenais à vous faire savoir qu’au-delà de l’inefficacité prévisible d’une telle mesure, le jugement que vous portez sur les jeunes généralistes m’a profondément attristée », écrit la généraliste. Elle met en avant la liberté « précieuse » propre à l’exercice libéral et peut-être encore le « seul avantage » restant à ce mode d’exercice. Plutôt que d’opposer installé et remplaçant, le Dr Trailin préfère les présenter comme « des partenaires de soin au service des patients ». « Grâce aux installés, les remplaçants peuvent découvrir un mode de fonctionnement (…) l’installé peut tirer avantage du regard nouveau que le remplaçant a porté sur ses patients », souligne-t-elle.
Plutôt pas assez que trop de remplaçants
Elle met également en avant la place essentielle que les remplaçants occupent dans le système de santé : « A quoi ressembleraient les cabinets médicaux, en particulier lors des vacances scolaires, sans les remplaçants ? ». Elle en profite pour tacler le Dr Perrault qui en plus de son activité de généraliste a occupé et occupe toujours de nombreux mandats électoraux, « sans un pool suffisant de remplaçants, comment auriez-vous assuré un accès aux soins à vos patients durant vos absences syndicales, associatives ou politiques ? ». Elle explique par ailleurs que le nombre de remplaçants en France (estimé à 4000) est plutôt insuffisant que disproportionné et que « les milliers de remplaçants professionnels n’existent pas ».
Responsabilité collective
Au-delà du simple cas des remplaçants, le Dr Perrault pointe du doigt la nouvelle génération de médecins qui ne souhaite plus travailler autant que ses aînés et privilégie d’autres priorités. « N'est-il pas tout aussi égoïste de vouloir imposer des contraintes dogmatiques et inefficaces qui ne vous concerneront plus ? », lui répond le Dr Trailin. « Non, nous ne sommes pas une "génération de feignants" et nous ne manquons pas non plus "d’éthique" ». « Désigner ainsi les jeunes médecins comme responsables de l’état actuel de la démographie médicale est tout simplement navrant, et cache assez mal la responsabilité collective de la profession et de nos dirigeants dans les choix malheureux effectués au cours des dernières décennies », ajoute-t-elle.
Dans sa lettre ouverte, la vice-présidente défend la vision de son syndicat et d’une grande partie de la nouvelle génération de médecins. Celle d’une médecine axée autour du travail en équipe, de la coordination, loin du modèle du généraliste omnipotent. « Cela demande un engagement de chacun, un cadre juridique favorable et un soutien financier des pouvoirs publics », conclut-elle, appelant son confrère à faire de la profession « le plus beau métier du monde en accompagnant ses jeunes confrères dans leur début de carrière ».
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