L’INTERPELLATION était semble-t-il volontairement provocatrice. « Le médecin généraliste : gestionnaire de son territoire ? », se sont interrogés lors d’une table ronde les participants au Rencontres de la Baule, qu’orchestre chaque année l’Union régionale des médecins libéraux (URML) des Pays-de-la-Loire. Entre autres remarques entendues, celle de Jean-Paul Hélié, directeur de la Mission régionale de santé (MRS), qui s’est dit, en bon administrateur de l’assurance-maladie régionale, « perplexe » sur le fait de voir accoler le terme « gestionnaire » à celui de « professionnels de santé », tout comme sur l’idée d’une appropriation par le médecin de « son » territoire… Pragmatique, Jean-Paul Hélié a préféré répondre à la question posée avec des exemples locaux concrets : « L’expérimentation régionale en cours sur la PDS, le développement et le financement de maisons de santé pluridisciplinaires et les groupes qualité tendent à responsabiliser les médecins. »
Pour Yann Bourgueil, directeur de recherche à l’IRDES (1), l’important est bien de « s’appuyer sur les pratiques professionnelles ». « La crise actuelle [de la démographie médicale, NDLR] est une formidable opportunité pour faire évoluer le système libéral », considère ce médecin spécialiste en santé publique. À la condition de mieux connaître ce qui se fait déjà en médecine ambulatoire avec des médecins devenus « entrepreneurs », de « raisonner pluri-professionnel plutôt que seulement médical » et de « sortir des phases expérimentales qui durent parfois 25 ans ! »
D’accord, est intervenu le Dr Luc Duquesnel, responsable du groupe de travail de l’URML sur les pôles de santé libéraux (et impliqué depuis des années sur la PDS dans son département de la Mayenne), « nous devons retrouver dans notre exercice une dimension entrepreneuriale ». Mais encore faut-il s’entendre sur les modalités de financement de l’action du médecin libéral au sein de ces pôles de santé qui comprendraient une ou plusieurs maisons de santé. Jusqu’où va l’exercice libéral ; où commence l’autorité publique ?
À entendre les réactions de l’assistance lors de l’exposé du Dr Raynald Guay, médecin « omnipraticien » à Laval, au Québec, il reste des sujets très sensibles en France – le Dr Guay a témoigné d’une organisation très régulée, imposant des contraintes d’installation, des heures de travail à l’hôpital en fonction de l’ancienneté des praticiens et incitant à un maillage du territoire par des Groupes de Médecine Familiale (pilotés par les médecins libéraux en échange d’une bonification de leur rémunération et d’aides financières diverses).
Christian Le Dorze, président du groupe de cliniques privées Vitalia, semble, lui, avoir trouvé la réponse à la question du médecin-gestionnaire en conseillant aux généralistes de « prendre toute leur place ». « Surtout maintenant que l’environnement des patients, des médecins et des établissements changent, que les lignes bougent, ajoute-t-il. Il faut partir des usagers qui veulent une prise en charge globale de proximité et être acteur de leur parcours de soin. Il faut inventer des outils, de nouveaux mécanismes de construction capitalistique et être ainsi co-responsable et co-utilisateur des enveloppes globales définies par patient pour être soigné. On ne pourra pas atteindre l’efficience médico-économique sans la profession ! »
« Attention, rien ne pourra se faire sans la profession, certes, mais rien ne se fera si les médecins sont seuls », a tempéré Loïc Bédouet, conseiller régional PS, délégué à la santé. Le représentant de la Région estime qu’ « il faut compter aussi sur les élus pour peser sur les projets de maisons de santé, non pas sur le volet projet de santé mais bien sûr celui de l’aménagement du territoire ».
(1) Institut de recherche et documentation en économie de la santé. À lire notamment : une étude comparative de trois modèles types d’organisation des soins primaires (www.irdes.fr/Publications/QES/QES141.pdf).
Quatre généralistes font vivre à tour de rôle un cabinet éphémère d’un village du Jura dépourvu de médecin
En direct du CMGF 2025
Un généraliste, c’est quoi ? Au CMGF, le nouveau référentiel métier redéfinit les contours de la profession
« Ce que fait le député Garot, c’est du sabotage ! » : la nouvelle présidente de Médecins pour demain à l’offensive
Face au casse-tête des déplacements, les médecins franciliens s’adaptent