Une chute « inexorable ». Le mot, alarmiste, est du Dr Jean-François Rault, le monsieur « démographie médicale » de l'Ordre national des médecins (lire aussi page 3).
La 10e édition de l'atlas ordinal, que le « Quotidien » s'est procuré et qui sera présenté aujourd'hui, met en lumière une profession dont les bataillons de généralistes reculent dans la grande majorité du territoire depuis une décennie (carte). Ce repli des omnipraticiens contraste avec l'infime augmentation en un an (44 médecins en plus) des effectifs globaux de praticiens actifs (toutes spécialités, tous modes d'exercice) et surtout avec la forte croissance des retraités (70 257 en 2016 contre 65 548 en 2015).
En 2016, 198 144 médecins (dont 46 % de femmes) exercent une activité régulière au sens ordinal. Cette définition exclut les praticiens temporairement sans activité (6 154) et les quelque 11 000 remplaçants. En près de 40 ans, le nombre total de médecins (actifs et retraités) a bondi de 140 %. Mais pour la médecine générale, c'est une autre histoire. Au 1er janvier 2016, le tableau de l’Ordre ne recense plus que 88 886 omnipraticiens en activité, tous modes d’exercice confondus. Ils étaient 900 de plus en 2015, et 8 000 de plus en 2007...
Densité en baisse
Depuis 10 ans, les effectifs des spécialistes de médecine générale ont donc fondu, à l'exception de quelques départements, presque tous côtiers ou frontaliers : Calvados, Ille-et-Vilaine, Finistère, Morbihan, Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Charente-Maritime, Landes, Pyrénées Atlantiques, Pyrénées Orientales, Savoie, Haute-Savoie et Doubs.
À noter que même dans les départements où le nombre de généralistes progresse depuis 10 ans, la densité de médecins de famille continue de diminuer, à l'exception notable de la Loire-Atlantique et de la Savoie. Cela signifie que dans ces zones attractives, la population générale a augmenté plus rapidement que celle des omnipraticiens.
Partout ailleurs, c'est la décrue des effectifs généralistes, parfois dans des proportions importantes comme à Paris et dans la Nièvre qui enregistrent une baisse de 25 % entre 2007 et 2016 ! Dans les Yvelines, c'est moins 21 %... « Ces exemples mettent en évidence que la désertification n'est pas exclusivement rurale. Elle concerne également des espaces urbains de plus ou moins grandes échelles », insiste l'atlas ordinal.
De fortes disparités s'observent désormais en matière de densité régionale. Si la moyenne est de 132,1 généralistes pour 100 000 habitants, la densité va de 107,5 dans le Centre à 152,6 en PACA.
Pyramide
La moyenne d'âge des généralistes est de 52 ans. Chez les plus jeunes et jusqu'à 50 ans, les femmes sont aujourd'hui majoritaires (la tranche d'âge 45-49 ans est composée de 4 381 hommes et de 5 265 femmes).
Sans surprise, les hommes sont très majoritaires chez les omnipraticiens seniors. Ces derniers forment le gros des forces généralistes en présence : 17 082 hommes et 7 155 femmes sont âgés de 60 ans et plus chez les généralistes en exercice, et représentent 27,3 % de leur population totale. À l’inverse, 5 238 hommes et 9 006 femmes sont âgés de 30 à 49 ans dans la même population (16 % des généralistes). La pyramide des âges reste donc dangereusement inversée, à l'heure du virage ambulatoire censé mettre l'accent sur les soins primaires et la médecine de première ligne.
L'exercice libéral en solo s'étiole
Autre facteur notable : parmi les 88 886 généralistes, seuls 50 608 exercent en libéral exclusif (soit 57 %). Le repli des effectifs de médecins de famille libéraux atteint 13,5 % depuis 2007 et il sera de 25 % à l'horizon 2025 ! L'attrait pour les modes d'exercice regroupé ne se dément pas. En Bretagne, 67 % des omnipraticiens exercent déjà en maisons ou pôles de santé...
[]
En direct du CMGF 2025
Un généraliste, c’est quoi ? Au CMGF, le nouveau référentiel métier redéfinit les contours de la profession
« Ce que fait le député Garot, c’est du sabotage ! » : la nouvelle présidente de Médecins pour demain à l’offensive
Jusqu’à quatre fois plus d’antibiotiques prescrits quand le patient est demandeur
Face au casse-tête des déplacements, les médecins franciliens s’adaptent