Mieux vaut prévenir que guérir. Confronté au vieillissement de la population médicale locale, Oloron Sainte-Marie, ville de 12 000 habitants des Pyrénées-Atlantiques, a décidé de prendre par les cornes le taureau de la désertification. Sous l'impulsion de son maire sans étiquette, Hervé Lucbéreilh, la municipalité veut recruter près de 30 médecins à trouver à l'horizon de cinq ans.
Objectif prioritaire de la mairie : sauver la maternité du centre hospitalier de la ville. Cinq pédiatres et autant de gynécologues obstétriciens vont y faire défaut d'ici à la fin de l'année. « Il s'agit d'une situation d'urgence, indique le maire au Quotidien, sans ces praticiens spécialistes, la maternité n'aura d'autre choix que de fermer ». Mais calculs faits, la maternité pourrait continuer à fonctionner, tout au moins provisoirement, avec le recrutement de trois de chacun de ces spécialistes.
Hervé Lucbéreilh a renoncé à faire venir en direct des praticiens à diplôme hors Union européenne (UE). « Il aurait fallu 3 à 4 ans pour obtenir une validation des diplômes », calcule-t-il. Même échec après s'être mis en relation avec le conseil de l'Ordre des médecins de l'Espagne toute proche. Le maire s'est détourné de cette piste, les candidats au départ ne maîtrisant pas la langue de Molière.
Un recensement des besoins médicaux
Restait la solution du cabinet de recrutement. Et plutôt que de s'en tenir aux seuls praticiens qui feront défaut à la maternité, la mairie a effectué un recensement global des besoins médicaux de la ville. « Aujourd'hui, nous avons encore une petite quinzaine de généralistes libéraux à Oloron, calcule Hervé Lucbéreilh, mais d'ici à cinq ans, une dizaine seront partis à la retraite. » Le tableau n'est guère plus réjouissant du côté des spécialistes libéraux. L'édile estime que d'ici à 2022 ans, sa ville manquera d'environ 8 praticiens : pédiatres, gynécos, dermatos et autres ORL vont manquer à Oloron. Au centre hospitalier de la ville, la problématique est la même. En plus des besoins spécifiques de la maternité, cinq postes devront bientôt être pourvus en anesthésie-réanimation, radiologie, ORL, ainsi qu'aux urgences.
Hervé Lucbéreilh a bien conscience que ce n'est pas à lui de recenser ni d'organiser l'offre de soins locale. Mais à l'entendre, personne ne se préoccupe du problème, ni à l'ARS, ni le conseil général. Or, la population pâtit de la situation. « Dans la région, il faut huit mois pour obtenir un rendez-vous chez l'ophtalmo, fait-il valoir, et tous les médecins de la ville sont déjà débordés ». Et le maire de conclure : « ce n'est peut-être pas à nous d'agir, mais il faut montrer à la population qu'on s'active sur le sujet. »
Un marché juteux
Résultat, la mairie a commencé à auditionner des cabinets de recrutement. Le marché est juteux : en additionnant les besoins du centre hospitalier et de la ville, il faudrait recruter au moins 29 médecins à l'horizon de 5 ans. Un cabinet sera bientôt choisi par le conseil municipal, avec un cahier des charges précis : « il n'est pas possible de l'astreindre à une obligation de résultat, analyse Hervé Lucbéreilh, mais il devra rendre compte régulièrement de ses recherches. Il devra aussi chercher ces praticiens prioritairement en France, et mettre en œuvre une démarche d'accompagnement des praticiens recrutés sur deux ans. »
Tout cela a un coût. Le maire en a une idée assez précise, mais rechigne à la communiquer pour ne pas influencer ces cabinets. Il s'attend cependant à devoir débourser des sommes conséquentes au cours des cinq prochaines années. « Le problème est suffisamment crucial pour que nous acceptions l'idée de risquer de perdre de l'argent, car rien ne serait pire que l'immobilisme », juge-t-il. Un collectif local a déjà recueilli 4 000 signatures d'Oloronais appuyant les efforts de la municipalité.
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