Stagnation de la rémunération pour les généralistes, résultats de santé publique globalement en hausse, progression de la prime pour les spécialistes. Tels sont les principaux enseignements du dernier bilan de la rémunération sur objectifs de santé publique (Rosp) des médecins libéraux pour l'année 2022, transmis par l'Assurance-maladie ce 28 avril. Tour d'horizon de cette Rosp dans sa dernière mouture avant l’évolution prévue vers un forfait de santé publique avec vraissemblablement moins d'indicateurs dans la prochaine convention médicale.
Un plafond de 5 000 euros par généraliste et MEP
Dans le détail, la prime moyenne versée ces derniers jours aux médecins généralistes s'élève à 5 113 euros par médecin pour l'année 2022 contre 5 057 euros l'année précédente (+1,1 %). En comptant les médecins à exercice particulier (MEP), la rémunération est de 4 958 euros en moyenne (en hausse de +1,4 %).
Les données publiées concernent aussi plusieurs spécialités qui perçoivent également cette rémunération forfaitaire. Ainsi, les cardiologues libéraux éligibles percevront une prime moyenne de 2 067 euros (+ 4,2 % par rapport à 2021) soit 9,3 millions d'euros au total. Les gastroentérologues vont eux toucher un bonus moyen de 1 443 euros (soit une évolution de + 2,9 %) et les endocrinologues 1 529 euros (soit un bond de +10,5 %).
Enfin, pour la Rosp 2022 du médecin traitant de l’enfant (généraliste ou pédiatre), la Cnam a versé un montant total de 13,9 millions d'euros, soit une hausse de 9,2 % principalement liée à l'augmentation du nombre d'enfants pour lesquels un médecin traitant a été déclaré. Pour les seuls pédiatres, la rémunération moyenne s'élève à 1 054 euros, précise la Cnam.
Prévention, indicateurs en demi-teinte
Si une majorité d’indicateurs de la Rosp sont orientés à la hausse pour l’année 2022, les résultats présentent cependant des « évolutions contrastées », note la Cnam. En matière de prévention, les indicateurs poursuivent leur baisse : si la vaccination des patients de 65 ans et plus reste à un niveau supérieur à celui observé en 2019 (60,1% en 2022 versus 56,4 % en 2019), la vaccination du sujet à risque enregistre une baisse importante en 2022 pour s’établir à 33,6 % (-3,5 points par rapport à 2021, 34,9 % en 2019).
Autre sujet de préoccupation : l’indicateur général sur l’antibiothérapie des 16-65 ans sans ALD (décroissant) est élevé : + 3,8 points « mais reste à un niveau inférieur à celui d’avant pandémie (27,2 versus 32,9) » modère la Cnam. Globalement, l’indicateur d’antibiotiques générateurs d'antibiorésistance est bien orienté : -1,1 point.
En matière de dépistage du cancer, les améliorations sont notables en 2022. En effet, la prévention du cancer colorectal poursuit sa progression (+1,4 point), soit 168 000 patients supplémentaires dépistés. Entre 2019 et 2022, une augmentation de +4,8 points est enregistrée sur cet indicateur clé, précise la Cnam. Après une faible augmentation l’an dernier, la prévention du cancer du sein et du cancer du col progresse respectivement de +1,2 point et + 0,9 point.
Autre tendance positive dans ce volet : la prévention de l’iatrogénie médicamenteuse. Les traitements par benzodiazépines anxiolytiques et hypnotiques sont en baisse respectivement de - 0,8 et - 0,5 point (indicateur décroissant). Les prescriptions de psychotropes restent stables : la prévention des patients âgés sous psychotropes atteint « un très bon niveau » avec 45 % des professionnels de santé au-dessus de l’objectif cible.
Pathologies chroniques : bon sur le dépistage du cancer et mitigé sur le diabète…
Dans ce volet du suivi des patients chroniques, une majorité des indicateurs sont bien orientés. Les améliorations sont notables pour le dépistage de la maladie rénale chronique chez les patients hypertendus : + 1,9 point. Pour le suivi des patients à risque cardiovasculaire, la prévention secondaire du risque cardiovasculaire s’améliore légèrement (+ 0,8 point), alors tandis que la surveillance des traitements par anti vitamine K continue à s'essouffler (- 2,3 points).
Quant au diabète, la progression est constatée pour les dosages d’HbA1c chez ces patients (+ 2 points) ainsi que pour le fond d'œil (+ 0,1 point). En revanche, le dépistage de la maladie rénale chronique connaît une baisse de 0,3 point, avec 42,2 % de patients diabétiques dépistés.
Prescriptions : progression pour les génériques et biosimilaires
Comme l'an passé, les médecins jouent le jeu pour prescrire dans le répertoire des génériques. C'est le cas pour les antihypertenseurs et autres traitements où la progression est respectivement de +1,1 et + 5,7 points, soit 1,8 million et 38,4 millions de boîtes prescrites en plus dans le répertoire. La hausse est aussi constatée pour la prescription de biosimilaires ent pour s’établir à 38,6 % de boîtes prescrites (+ 6 points).
L'amélioration par rapport à l'an passé est constatée pour la prescription des inhibiteurs de la pompe à protons (-1,8 point) ainsi que celle des traitements antiagrégants plaquettaires par aspirine (+ 0,5 point). Le seul bémol dans ce volet concerne la prescription dans le répertoire de statines : - 2,7 points. Une tendance qui n'inquiète pas la Cnam qui précise que « 42 % des médecins se situent encore au-dessus de l’objectif cible ».
1,6 milliard d'euros de dépenses en cinq ans
Au total, la Rosp médecin traitant de l'adulte est versée à 64 824 médecins pour un montant total de 264,6 millions d’euros en 2022 (contre 263,9 millions pour 64 801 médecins rémunérés en 2021).
Sur cinq ans (décembre 2017-décembre 2022), la Cnam salue une progression importante de plusieurs indicateurs de santé publique comme la vaccination antigrippale des personnes de 65 ans (+ 7,2 points), l’indicateur d’antibiorésistance (+ 6,3 points), l’antibiothérapie chez les personnes de 16 à 65 ans sans ALD (-8,9 points) et le dépistage de la maladie rénale chronique chez les patients hypertendus (+5 points).
« Ces résultats témoignent à la fois d’un investissement fort de la part des médecins pour faire évoluer individuellement et collectivement leurs pratiques en matière de prévention et de santé publique, mais aussi de l’Assurance-maladie » qui a dépensé 1,6 milliard d’euros à ce titre.
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