À 91 ans, « immortel » depuis 43 ans, auteur d'une quarantaine d'ouvrages et entré dans la Pléiade, Jean d'Ormesson s'est mis en tête de faire le récit chronologique de sa vie. Les mots et les livres figurent évidemment dans la liste de ce qu'il a aimé et qu'il évoque dans « Je dirai malgré tout que cette vie fut belle » (1), à côté de la mer et du soleil, des ânes et du miel ou des « applaudissements dont j'avais honte, mais que je cultivais ». Dans une sorte de procès qu'il s'intente à lui-même, en multipliant les souvenirs et les anecdotes, il n'hésite pas à s'accuser à foison, en particulier d'« indifférence ». Mais ces vraies-fausses confessions n'entament pas le capital de sympathie que l'on a pour lui !
Auteur de six romans, dont « l'Enfant éternel », prix Femina du premier roman en 1997, ou « Sarinagara », prix Décembre 2004, Philippe Forest propose, dans « Une fatalité de bonheur » (2), sous la forme d'un abécédaire composé de vingt-six mots plus ou moins présents dans la poésie de Rimbaud, une lecture de sa vie. Un autoportrait dans l'ombre bienveillante du poète.
Miguel Bonnefoy n'avait pas 30 ans et « le Voyage d'Octavio » (finaliste du Goncourt du Premier Roman) n'était pas encore paru lorsqu'il prit part à une expédition au Venezuela pour gravir l'Auyantepuy, la montagne du Diable. De ces deux semaines d'aventures physique et spirituelle résulte « Jungle » (3), récit d'apprentissage d'un homme mais aussi d'un écrivain, qui raconte l'observation des lieux et des hommes.
Plutôt polars
Auteur reconnu de la fin du XXe siècle – son roman « Cantique de la racaille » et son recueil de nouvelles « Un pur moment de rock'n'roll » ont été primés –, Vincent Ravalec revient avec une sorte de polar semi-fantastique qui interroge la force de l'imaginaire. Au centre de « Bonbon désespéré » (4), alors que des malfrats retiennent en otage une petite bourgade isolée de province, un écrivain qui n'arrive pas à se faire éditer et se retrouve confronté aux personnages et aux événements qu'il décrit dans ses manuscrits. La question étant de savoir s'il doit intervenir et, si oui, comment.
Présenté comme un « polar sans meurtre ni hémoglobine », « Comme neige » (5) est le premier roman de Colombe Boncenne, jeune auteure de 35 ans qui a travaillé dans l'édition et fréquenté les écrivains avant même de terminer ses études de lettres. C'est l'histoire d'un expert-comptable, lecteur assidu, qui tombe par hasard, lors d'une virée en province, sur le livre d'un certain Émilien Petit, dont il croyait avoir tout lu. Ayant égaré l'ouvrage, il interroge la Toile, les éditeurs, les catalogues, il écrit à l'auteur et à ses amis écrivains, en vain. Un jeu de piste littéraire qui tient en haleine.
Adeline Fleury, qui s'est fait connaître l'année dernière avec « Petit éloge de la jouissance féminine », signe avec « Rien que des mots » (6) son premier roman, déclaration d'amour au livre. Pour ne pas que son fils souffre du même manque de tendresse que celui qu'elle a connu auprès d'un père écrivain accaparé par son œuvre, une femme le tient éloigné de la lecture, elle brûle les livres et va jusqu'à nier leur existence. Mais on ne peut rien contre la curiosité d'un enfant. Cela se passe dans un futur très proche et, dans cette fable initiatique, l'auteur interroge l'ambivalence de notre rapport au livre, livre sacré ou interdit, où sont enfouis nos tabous.
Dramaturge roumain installé à Paris, Matei Visniec donne, avec « le Marchand de premières phrases » (7), un surprenant « roman kaléidoscope ». Le héros, qui est écrivain et peine à trouver le fameux incipit qui donnera naissance à son chef-d’œuvre, est contacté par une agence spécialisée dans ce domaine depuis trois cents ans. Il découvre que tous les plus grands auteurs ont eu recours à leurs services et comment sont nées les fameuses « premières phrases » de la littérature mondiale. Un voyage dans le temps et dans l'espace plein d'érudition, à la fois plaidoyer pour la lecture et critique féroce de notre société, qui ne jure que par les commencements, aux dépens de la réflexion et de la profondeur.
Imaginez deux adolescents surdoués, Stanley et Vera, qui ont tous les atouts pour devenir, selon le vœu de leurs parents respectifs, l'un sénateur et l'autre mathématicienne. Un bel avenir en perspective, sauf que ni l'un ni l'autre ne le désirent, en particulier Stanley, qui veut devenir le plus grand créateur de mots croisés de tous les temps. C'est le thème de « Cœurs en travers » (8), premier roman de Jeff Bartsch, un publicitaire new-yorkais. Les jeux de l'amour et de l'ambition ne se résoudront qu'à l'issue d'une vie et de milliers de grilles de mots croisés.
« L'Étrange bibliothèque » (9) est un petit livre luxueux qui renferme une nouvelle inédite de Haruki Murakami, le grand romancier japonais qui a été plusieurs fois favori pour le Nobel de littérature. Il est admirablement illustré par la Berlinoise Kat Menschik. Le narrateur est un jeune garçon venu chercher un livre dans une bibliothèque municipale et qu'un vieil homme entraîne par les méandres d'un labyrinthe dans une sorte de prison abyssale, où il rencontre un homme vêtu d'une peu de bête et une frêle jeune fille muette. Une fable sur la culture qui nous plonge dans un onirisme d'une grande beauté.
(1) Gallimard, 485 p., 22,50 €.
(2) Grasset, 170 p., 18 €.
(3) Paulsen, 122 p., 19,50 €.
(4) Éditions du Rocher, 170 p., 16,90 €.
(5) Buchet-Chastel, 114 p., 11 €.
(6) François Bourin, 177 p., 20 €.
(7) Jacqueline Chambon, 357 p., 23,80 €.
(8) Anne Carrière, 332 p., 21 €.
(9) Belfond, 61 p., 17 €.
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