Aujourd’hui, les jeunes médecins qui prêtent serment se placent sous le patronage d’Hippocrate. Leur généalogie symbolique va également chercher du côté de Galien et d’Ambroise Paré. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Avant la Révolution, comme le soulignent Louis-Paul Fischer et Nathalie Suh-Tafaro*, les thèses de médecine invoquaient bien souvent un autre binôme : la Vierge Marie d’une part, et saint Luc d’autre part.
Car si la biographie de l’évangéliste au taureau nous reste quasiment inconnue, on attribue généralement à ce Grec natif d’Antioche (actuelle Turquie) la profession de médecin. En témoignent notamment les lettres de Saint Paul, dont Luc a suivi les pérégrinations autour de la Méditerranée. L’ex-persécuteur des Chrétiens, devenu sur le chemin de Damas le plus ardent propagateur de la foi, y présente le futur évangéliste comme « son compagnon de voyage et éminent médecin ».
L’Évangile serait-il un traité de médecine ?
Autre argument pour compter Luc parmi les confrères d’Hippocrate : le vocabulaire utilisé dans son évangile. « Saint Luc est le seul des Évangélistes à utiliser des termes hippocratiques », notent en effet Louis-Paul Fischer et Nathalie Suh-Tafaro. Signe qui ne trompe pas : quand il décrit un paralysé, il fait preuve d’une méticulosité toute professionnelle, « en précisant le côté de la paralysie », ajoutent les deux chercheurs. Et quand il raconte la parabole du bon Samaritain, il le fait « avec un traitement médical de la plaie du malheureux blessé ».
On peut aussi voir dans la prose de Luc, qui rapporte dans son Évangile des faits dont il n’a pas été témoin, un souci de vérité historique qui s’apparente à ce que nous pourrions appeler la démarche scientifique. Dans Le Royaume**, le romancier Emmanuel Carrère a même fait du compagnon de saint Paul un véritable enquêteur cherchant à interroger les derniers témoins vivants de la vie du Christ.
Et si les médecins d’aujourd’hui peuvent se sentir relativement éloignés de Luc, ce n’était pas le cas de leurs prédécesseurs. L’évangéliste était (et est encore) en effet le saint patron de la profession, ce qui avait par le passé des implications assez pratiques : la rentrée des facultés de médecine s’est par exemple pendant des siècles effectuée à date fixe, le 18 octobre, jour de la… saint Luc.
* Louis-Paul Fischer et Nathalie Suh-Tafaro, Le Médecin saint Luc l’évangéliste, in Histoire des Sciences Médicales, Tome XXXV22, n°2, 2003
** Emmanuel Carrère, Le Royaume, P.O.L, 2014
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