CONTRIBUTION - La France subit la pire vague de contamination de Covid-19 depuis les premiers jours de la pandémie. Depuis début novembre, la vague de Covid augmente, bien au-delà des prévisions initiales.
Le mois de janvier voit le record de contamination battu, et cela depuis le début de la pandémie : 425 183 nouveaux cas confirmés en 24 heures au 20 janvier 2022. 3 985 personnes sont en soins intensifs au 12 janvier. 18 786 classes sur 527 200 sont fermées et 463 197 élèves sont testés positifs au 21 janvier sur l'ensemble du territoire national. Tels sont les données actuelles et vertigineuses sur la pandémie.
Inquiète du « raz de marée » d'Omicron, la branche européenne de l'Organisation mondiale de la santé a estimé que plus de 50 % des Européens pourraient être touchés par Omicron d'ici deux mois, à cause du rythme actuel de contamination.
La crise sanitaire n’est toujours pas terminée : à la vague Delta se cumule la vague Omicron. La propagation du variant Omicron, encore plus contagieux que le variant Delta et plus difficile à détecter, est en hausse ininterrompue début janvier en France. Le 23 octobre 2021, on comptait 6 348 hospitalisations pour cause de Covid. Le 14 janvier 2022, ce nombre s’élevait à 24 511 per-sonnes, dont 3 904 en réanimation.
Si le nombre de décès liés au Covid n’est plus comparable à celui enregistré au début de la pandémie, grâce au vaccin, on ne doit pas oublier que plus de 200 décès surviennent alors chaque jour dans nos hôpitaux. La situation y reste tendue. De nombreuses interven-tions chirurgicales sont déprogrammées.
Plusieurs pays ont choisi de revenir aux mesures restrictives des pre-miers temps de la lutte contre la pandémie — Autriche, Chine, Pays-Bas — afin de soulager leur système de santé.
La France, dont la couverture vaccinale est maintenant très large, a encore les capacités d’absorber cette vague, mais elle n’a pas les capacités de supporter simultanément deux vagues de grande ampleur.
Simplifier et clarifier la politique de dépistage.
Le gouvernement se targue d’un nombre record de 30 millions de tests pour le seul mois de décembre. En 2021, les tests auront représenté une dépense de 6 milliards d’euros.
Les pharmacies, centres de dépistage et laboratoires sont submergés par la ruée anarchique des demandes de tests. Découragés par de longues files d'attente beaucoup se tournent vers l’autotest bien moins fiable. D’autres renoncent à se faire tester.
En fait le dépistage tel qu’il est pratiqué ne constitue pas une stratégie. Il ne permet pas de surveiller correctement l’épidémie car le taux de positivité ne représente que le portage du virus par la population ayant choisi de se faire tester. Or celle-ci compte davantage de personnes symptomatiques ainsi que de cas contacts de personnes symptomatiques. Une stratégie de dépistage doit en réalité concerner les porteurs de virus contagieux avant le développement des symptômes. Ainsi faute de repérer les personnes contagieuses avant le développement des symptômes, l’épidémie n’a pu être mise sous contrôle.
A l’école, les tests groupés sont utiles mais c’est la pagaille. Les changements successifs du protocole Covid et une communication désinvolte suscitent la colère des enseignants et des parents d’élèves. Présenté la veille de la rentrée scolaire dans un journal payant, à peine en place, le protocole sanitaire avait déjà changé. Selon les dernières consignes, chaque enfant doit présenter trois tests négatifs si l'un de leurs camarades de classe est positif au Covid-19. Les parents ne devront plus récupérer leurs enfants dès la détection d’un cas en classe, mais à la fin de la journée scolaire. D’une manière générale l’on n’utilise pas tous les progrès technologiques et l’on ne teste pas de façon moderne notamment à l’école pourtant en première ligne.
Or la politique de test doit revenir à l’essentiel. La politique de dépistage doit être clarifiée et simplifiée. Les tests doivent être accessibles, fiables et rapides. En cas de test positif, la personne doit immédiatement se tenir isolée, pendant une semaine, et renouveler le test dans les cinq jours. En revanche, si le test est négatif, la personne peut continuer à mener une vie normale tout en respectant les gestes-barrières.
A nouveau, l’obligation vaccinale est la condition nécessaire de l’immunité collective.
L’on ne saurait parvenir à l’immunité collective, dont on peut d’ailleurs s’interroger sur la définition et la durée, en laissant circuler le virus. Laisser circuler le variant Omicron au prétexte qu’il est moins létal que d’autre variants est déraisonnable, ne serait-ce que du fait de sa coexistence avec le Delta. Le laisser-faire peut favoriser l’apparition de nouveaux variants même si un artefact récent ne s’est pas révélé significatif. Le choix politique du gouvernement de lever les restrictions sanitaires, annoncé le 22 janvier 2022, au moment où le nombre des contaminations par le variant Omicron flambe, laisse pour le moins sceptiques le Conseil scientifique et de nombreux in-fectiologues.
Le risque d'une submersion de nos services hospitaliers
Le risque de laisser se propager la maladie serait, comme nous l’avons déjà connu, une submersion de nos services de soins hospitaliers. Et l’on ne parle pas assez, par exemple, des conséquences neurologiques des Covid longs ni des détresses psychologiques.
Au total, la politique de priorisation de la vaccination par tranches d’âge successives, les volte-face relatives au vaccin Astra-Zeneca, la politique de dépistage, les protocoles contradictoires auront été une suite d’erreurs, car ce qu’il fallait dès le départ, c’était mettre en œuvre une stratégie de vaccination de masse, obligatoire.
L’on sait désormais que la vaccination diminue le risque de formes graves de la maladie en divisant par dix le risque de mortalité même si elle n’élimine pas le risque de transmission du virus.
Ce qui est dès lors inquiétant, c’est le maintien d’un palier de non-vaccination alors que le gouvernement rogne de plus en plus sur les libertés de l’ensemble des citoyens. Remettre en cause la citoyenneté des personnes non-vaccinées est incompréhensible si la non-vaccination n’est pas illégale.
Laisser filer le virus, c’est ce que sous-entend l’approche d’un exécutif toujours à la poursuite du virus depuis le début de la pandémie, même si l’Omicron provoque des symptômes moins sévères que ceux du Delta et si les indicateurs épidémiologiques à la mi-janvier laissent entrevoir une forme endémique de l’épidémie et une moindre saturation des hôpitaux, il reste dangereux, en particulier pour ceux qui ne sont pas vaccinés. C’est au demeurant dans les pays où le taux de vaccination est faible que se développent le plus de variants. L’assertion du ministre de la Santé selon laquelle l’extrême contagiosité du variant Omicron permettrait de parvenir à une immunité ren-forcée était apparue prématurée. Encore faut-il d’ailleurs que l’acquisition d’une immunité naturelle soit conjuguée à l’immunité vaccinale.
La vaccination demeure donc l’arme efficace pour lutter contre la propagation du coronavirus et l’obligation du rappel, qui stimule les défenses immunitaires, doit être envisagée pour tous. Compte tenu des capacités de production des vaccins, il est ainsi réaliste de rendre l’ensemble du schéma vaccinal obligatoire pour tous.
Rappelons une fois de plus qu’ont été rendues obligatoires les vaccinations contre la diphtérie en 1938, contre le tétanos en 1940 et contre la poliomyélite en 1964, et qu’au 1er janvier 2018, les obligations vaccinales pour les jeunes enfants sont passées de trois à onze. Il s’agit donc d’élargir contre la Covid-19 l’obligation vaccinale déjà inscrite dans le code de la santé publique.
Or il nous faut d’ores et déjà travailler à l’après-Omicron et à la mise au point de nouvelles versions ciblées du vaccin ayant un impact plus important sur la prévention de l’infection et sur la transmission.
Il s’agit aussi de simplifier une approche bureaucratique de la lutte contre l’épidémie qui en bien des points relève de l’absurdie.
Cette contribution n’a pas été rédigée par un membre de la rédaction du « Quotidien » mais par un intervenant extérieur. Nous publions régulièrement des textes signés par des médecins, chercheurs, intellectuels ou autres, afin d’alimenter le débat d’idées. Si vous souhaitez vous aussi envoyer une contribution ou un courrier à la rédaction, vous pouvez l’adresser à jean.paillard@lequotidiendumedecin.fr.
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