« L’effondrement climatique a commencé », telle est la Une de Libération le 7 septembre dernier. Et hop, bonne rentrée à tous ! Un peu de culpabilisation au sortir des vacances, quand il s’agit de faire son propre bilan carbone. Pourtant, cette Une est vraie et nécessaire. Et les médias nous préviennent depuis longtemps. « Quand nos animaux disparaissent… », était le titre d’un reportage d’Envoyé spécial en 2019. La sixième extinction animale de la planète a réellement commencé.
Ces messages alarmants et alarmistes (le terme effondrement est fort), favorisent un « climat » (je me permets ce mauvais jeu de mots) catastrophiste qui engendre un vrai malaise, une… éco-anxiété. Le mot est posé ; il daterait de 1996. L’éco-anxiété… On en parle de plus en plus. D’après une enquête de la Fondation Santé Environnement datant de janvier 2022, trois Français sur quatre éprouvent de l’anxiété liée à l'environnement ; et la Drees a révélé cet été que quatre personnes interrogées sur cinq se disent pessimistes quant à l’avenir de la planète et du climat.
Une nécessité de changer nos comportements
Vous la ressentez, vous aussi ? Cette petite angoisse, cette culpabilité de laisser aux générations futures un vaisseau spatial, le seul qui nous ayons pour maintenir l’espèce humaine, abîmé ? Ce petit nœud à l’estomac, dès que vous ôtez l’emballage carton inutile de votre nouveau tube de dentifrice scellé d’un opercule et donc déjà protégé, ou encore lorsque l’on vous donne votre baguette dans une pochette papier ? Hé oui, quand on regarde autour de nous, « tout est carbone », je dirais même plus : nous sommes carbone. « Le monde sans fin » de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici le démontre parfaitement (à lire à tout prix).
Un plan national pour une industrie verte, des nouveaux métiers, un ministre dédié à la transition écologique… Tout ça n’est rien, si on ne change pas les comportements et les habitudes de chacun. Et, on le sait cela prend une, deux ou trois générations. Et puis, cela ne résout pas notre éco-anxiété actuelle.
Certain qualifie l’éco-anxiété de stress « prétraumatique », avec des signes associés, comme un stress intense, des insomnies, l’impossibilité de faire des choix, ce qui entraînerait un besoin de soins psychologiques. D’autres, comme Alice Desbiolles, médecin épidémiologiste autrice d’un ouvrage sur l’éco-anxiété, la définissent comme une inquiétude anticipatoire. Il est pourtant rare que la population générale s’inquiète, voire se préoccupe d’un sujet non palpable directement. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il est si difficile d’éduquer la population en amont des crises sanitaires majeures : on sait qu’elles vont arriver, mais on ne sait ni où, ni quand. Bref, c’est bien la première fois qu’une crise annoncée préoccupe autant de personnes. Sans doute parce que les signes du réchauffement climatique ne se ressentent plus uniquement aux pôles, mais désormais tous les étés, chez nous. Ainsi, dans le cas présent, la crise ne va pas arriver. Elle est là !
L’éco-anxiété serait donc plutôt le reflet d’une certaine lucidité relative à notre perception du devenir de notre environnement, associée à un deuil de ce qu’était le monde d’avant, et une crainte de ce que sera le monde d’après. Qui dit deuil, dit étapes (choc, déni, colère, dépression, acceptation…) et dit aussi reconstruction. Et c’est là, qu’on peut agir sur l’éco-anxiété. Toute vulnérabilité est une force. Si tant est que l’éco-anxiété soit une vulnérabilité. Tout l’enjeu est donc de transformer cette émotion négative en action positive… Pour permettre de limiter les effets du réchauffement climatique et de traverser cette crise immense, sans doute la plus grande à laquelle l’espèce humaine ait eu à faire face, le plus sereinement possible.
Plus facile à dire qu’à faire me direz-vous. « Yep », vous répondré-je. Et c’est bien pour cela que le collectif Femmes de Santé commence dès ce mois de septembre des travaux pour répondre concrètement à la question « comment peut-on transformer l’éco-anxiété en action positive pour la santé environnementale »… Un vrai casse-tête. Rendez-vous le 8 décembre prochain pour lire les solutions proposées par le think tank.
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