Monsieur le Président,
Récemment, vous avez mis en place une Convention citoyenne chargée de discuter de la fin de vie et du suicide assisté. Il semble que vous ayez retenu la leçon des États généraux de bioéthique durant lesquels les participants se sont montrés hostiles à vos réformes sociétales. Vous avez préféré verrouiller le processus en réunissant une assemblée d’anonymes plus facilement malléable. Une partie des discussions se déroulant à huis clos, ne doutons pas que vos conseillers chargés d’animer les réunions de cette convention ont orienté les débats dans le sens que vous souhaitiez. Le résultat est là : 75 % des participants se sont prononcés pour une aide active à mourir. Vous avez là un socle apparent de légitimité pour votre future loi. C’est habile politiquement mais indécent moralement.
Supposons que, par le truchement des circonstances, on vous demande de pousser le piston d’une seringue contenant un produit mortel, cela pour abréger la vie d’un malade ou d’un candidat au suicide assisté. La perfusion a été posée, tout est prêt. Le patient est allongé sur son lit. Conscient, il vous regarde. Il vous suffit juste d’un simple geste pour le tuer.
Le feriez-vous ?
Si vous et votre gouvernement décidez de légaliser le droit de déclencher la mort dans certaines circonstances, à qui allez-vous demander d’exécuter cette tâche ? À l’infirmière ? L’aide-soignante ? L’étudiant en médecine ? Le médecin ? Le conjoint ? La famille ? Un collectif ? Qui va endosser les lourdes conséquences de cet acte ?
Ne nous demandez pas, à nous médecins, de donner la mort. Sur ce point, le serment d’Hippocrate est très clair : « Je ne remettrai à personne du poison, si on m'en demande, ni ne prendrai l'initiative d'une pareille suggestion. » En effet, il n’appartient pas au médecin de juger de la vie.
La vie humaine ne se discute pas, ne se monnaye pas. Elle dépasse tous les calculs, toutes les combinaisons, les ambitions, les renoncements. Elle est au-dessus des sondages, des conventions et des lois. Quelles que soient les circonstances, elle doit être respectée et protégée. Il ne vous appartient pas de la relativiser.
Nous, médecins, savons qu’en fin de vie, il est possible de soulager les malades avec des molécules parfois dangereuses. Tout est alors une question d’intention. Atténuer les souffrances en administrant des doses de plus en plus fortes peut parfois entraîner la mort. C’est un risque à prendre. Employer de fortes doses d’emblée avec le but exclusif de donner la mort, c’est une autre chose. Cela ouvre, de facto, la porte à l’arbitraire et aux abus.
Rebâtir le système de soins
Le système de santé est dans un état de délabrement avancé. La Sécurité sociale est déficitaire, les patients éprouvent de plus en plus de difficultés à trouver des médecins généralistes, des spécialistes, des chirurgiens. Les services d’urgence sont débordés, de nombreux médicaments sont en rupture de stock. Il est temps de rebâtir le système de soins autour de la relation médecin-malade, véritable cœur du système. Cette relation ne peut exister que si elle est sous-tendue par le respect intangible de la vie du malade par le médecin.
Veuillez, croire, Monsieur le Président, en l’expression de ma très haute considération.
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