« Diviser pour mieux régner », la devise n’est pas nouvelle, hélas. On pourrait toutefois imaginer qu’on ne peut duper 100 fois les mêmes personnes, et pourtant…
Notre pays est toujours au milieu d’élections qui vont conditionner l’avenir de celui-ci pour les cinq années à venir. Et dans cet avenir, se trouve celui de notre système de santé.
Posez la question à n’importe quel soignant, il vous dira à quel point le système de santé va mal. Vous retrouverez toutes les nuances dramatiques allant de la simple perception de blocage dans les rouages du système au sentiment que ce dernier est au bord de l’implosion. Et peu importe les professions, le constat de base sera partagé.
Il est vrai que nous payons aujourd’hui le lourd tribut de décisions politiques absurdes prises à la fin des années 1990, où des conseillers ministériels avaient eu l’idée saugrenue de régler le problème des dépenses de santé par la diminution du nombre de prescripteurs en capacité de créer ces dépenses. En d’autres termes : moins de médecins, moins de dépenses de pharmacie, de soins infirmiers, de soins de kinésithérapie etc…
Sur le papier, cette équation semblait parfaite. Mais c’était oublier un peu vite que l’espérance de vie allait s’allonger, que les Français, en vieillissant, seraient un peu plus nombreux à avoir des pathologies chroniques nécessitant les mêmes soins qu’on voulait paradoxalement éviter. Il a fallu de nombreuses années pour commencer à renverser la tendance, mais il en faudra encore bien d’autres avant de réussir à former des médecins en nombre suffisant pour pallier ce manque.
D’ici là, les patients auront de plus en plus de difficultés à trouver un médecin traitant qui puisse les accompagner, ou des confrères des autres spécialités quand leur état de santé le nécessitera. Et les pouvoirs publics ne manqueront sans doute pas de tenter de jeter l’opprobre sur les médecins de ville en leur intimant de prendre toute leur part à la résolution du problème de manque de médecins à l’hôpital. Puis de continuer en stigmatisant les jeunes médecins formés qui refusent d’aller exercer là où on leur dit d’aller alors qu’on leur a-payé-grassement-leurs-études… Et je pourrais donner encore d’autres exemples de ce genre. Leur point commun est de fédérer les médecins en un seul bloc s’opposant au fait d’être montrés du doigt comme étant responsables d’une situation qu’ils n’ont pas créée. Et fédérer les médecins, c’est accepter qu’ils passent outre leurs (trop) nombreux sujets potentiels de discorde.
La peur de l'inconnu
Alors, je me risquerais à prendre un pari. Celui d’imaginer comment des pistes de réformes pourraient être avancées tout en évitant que les médecins fassent bloc. Par exemple, il suffira de parler des IPA (Infirmiers et infirmières de pratique avancée) ou de délégation de tâches envers les autres confrères. Car les médecins ont peur de l’inconnu dans leurs pratiques professionnelles. Ils sont tellement en permanence sur le qui-vive qu’ils en oublient de constater combien leur métier a changé ces dernières années et combien ces nouveaux métiers sont de nature à améliorer le soin apporté aux patients. Les généralistes diront qu’ils n’ont pas besoin d’autres professionnels de santé mais d’une libération de temps médical par l’allègement de tâches administratives inutiles. Les médecins hospitaliers diront que c’est bien gentil de mettre des moyens humains à disposition en ville alors que l’hôpital est à bout de souffle (ce qui est d’ailleurs la triste vérité). Ils pourraient même aller jusqu’à reprocher aux médecins de ville de partir en vacances en aggravant les urgences, comme le font certains responsables médiatisés. D’autres diront que le problème essentiel vient des confrères libéraux de certaines cliniques qui ne seraient attirés que par l’appât du gain… Bref, en deux ou trois propositions de réforme, les cloches de la discorde seront sonnées dans les rangs des médecins et l’union, partant du constat d’un système de santé exsangue, volera en éclats. Nous repartirons alors pour de nouvelles années où, s’appuyant sur nos sempiternelles divisions inutiles, nous ne pèserons pas suffisamment dans les décisions et les réformes nécessaires pour le système de soins français et donc, pour nos concitoyens et nos patients.
Nous sommes, pour la plupart, bien mal placés pour expliquer aux politiques comment exercer un métier que nous ne connaissons ni ne pratiquons au quotidien. Exigeons que la réciproque s’applique et qu’il soit respecté que nous sommes les mieux placés pour savoir comment améliorer notre métier, jusqu’à preuve du contraire.
Exergue : Du fait de leurs sempiternelles divisions, les soignants ne pèsent pas suffisamment sur les décisions et les réformes nécessaires pour le système de soins
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