« Laissez-nous tranquille mais ne nous abandonnez pas », d’après Christophe Bouillon, député de Seine-Maritime (PS) et président de l’Association des petites villes de France (APVF), c’est le message que les élus locaux veulent faire passer à l’État, notamment en matière de lutte contre les déserts médicaux. Pour l’élu l’aménagement du territoire n’est pas un gros mot surtout face au sentiment de plus en plus grand des Français, « de voir des services publics s’éloigner ».
Le pire est à venir
Dans sa région la Normandie, la situation des départements n’est pas partout la même mais elle est particulièrement préoccupante dans l’Eure par exemple, un des départements les plus sous-dotés en généralistes d’après la dernière cartographie de l’Ordre des médecins. Et si les élus gèrent déjà l’urgence aujourd’hui, ils craignent encore davantage les années qui viennent, « la moitié des généralistes s’apprêtent à être à la retraite », a-t-il expliqué lors des Contrepoints de la santé cette semaine. Le constat est le même pour Claude Léonard, ancien généraliste et actuel président du Conseil départemental de la Meuse (LR). Son département a pour l’instant relativement bien réussi à anticiper l’offre de soins avec la création de 23 MSP, portées par les médecins et les intercommunalités mais cela ne suffira pas pour les années à venir. « C’était une solution pour la première vague de départ des médecins, mais la deuxième vague arrive et nous allons nous retrouver face au mur », redoute-t-il.
Appel à la régulation
Face à l’urgence de la situation, Christophe Bouillon juge que les mesures du président de la République et de la loi santé vont dans la bonne direction mais pas assez loin. « Il y a des mesures de bon sens, mais depuis 15 ans nous avons essayé un certain nombre de choses. Les MSP, cela ne fonctionne que quand elles sont portées par les médecins. Les CPTS c'est plutôt une idée intéressante. La nouvelle loi propose des mesures de simplification, de rationalisation. C’est une bonne chose mais il manque le mot régulation », estime-t-il. Et effectivement, l’APVF a récemment fait une liste de propositions pour la santé, parmi lesquelles la mise en place du conventionnement sélectif à l'installation. « Cette question commence à faire consensus dans une association comme la nôtre qui est transparti », explique-t-il. « Si nous ne le faisons pas, il faudra expliquer aux citoyens pourquoi c’est possible pour d’autres professionnels de santé et pas les médecins. Aujourd’hui face à la pénurie, la population se tourne vers les élus mais à un moment donné ils se tourneront directement vers les professionnels de santé », prévient-il. Pour Claude Léonard, la contrainte à l’installation est une « fausse bonne idée », mais empêcher les installations dans les zones surdotées est « une vraie bonne régulation ». Christophe Bouillon considère qu’il faut définir des zones prioritaires de santé, à l’image de ce qui existe pour l’urbanisme ou l’éducation, pour pouvoir sur ces territoires « mettre en place des mesures dérogatoires ».
Développer l'exercice mixte
Mais pour l’instant, aucun des deux élus ne pense que le gouvernement soit prêt à sauter le pas. Cela ne signifie pas pour autant qu’ils restent les bras croisés. Dans la Meuse, le département lance notamment le programme « e-Meuse santé ». « Nous allons installer la fibre partout et à partir de ce maillage nous miserons ensuite sur les objets connectés », explique le Dr Leonard. Sa nouvelle « cible » est aussi : les jeunes qui viennent en stage. « Nous faisons tout pour leur facilité la vie et développer l’attractivité du territoire pour les stagiaires », en espérant que cela leur donne le goût d’y revenir. Et au-delà de la régulation, pour le conseiller départemental, l’urgence absolue est aussi celle de développer l’exercice mixte. « Il ne faut plus que ce soit un tabou et le promouvoir le plus rapidement possible ».
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