La France n’a bouclé ses enchères que début octobre pour l’attribution des fréquences 3,5 GHZ pour une implantation de la 5G sur le terrain qui s’étalera sur plusieurs années. Quatre opérateurs français (Bouygues Télécom, Free, Orange et SFR) ont déposé un dossier de candidature pour l’attribution des fréquences 3,5 GHZ. Au total pour ces fréquences qui seront déployées progressivement au-delà de 2025, les opérateurs ont déboursé à l’Etat près de 2,8 milliards d’euros. La 5G peut aussi s’appuyer sur la bande de fréquences de 26 GHZ, dont l’attribution n’est pas encore programmée et permettra notamment « d’atteindre le débit extrêmement élevé d’un gigabit par seconde », explique Carole Manero du think tank et cabinet de conseil en télécoms IDATE DigiWorld.
En comparaison, le Japon, la Corée, les états-Unis, mais aussi l’Italie, la Finlande et le Royaume-Uni ont déjà attribué ces fréquences hautes sur leurs territoires.
Un des grains de sable qui vient enrayer la mécanique est la polémique autour de l’équipementier Huawei accusé de liens d’"espionnage" avec la Chine par les États-Unis. Il fait l’objet d’un boycott sous la pression américaine dans le monde.
doublement des investissements
Qu’en est-il réellement en France ? Huawei a déjà répondu dans le journal Les Echos du 18 septembre dernier par l’intermédiaire de Linda Han, la responsable des affaires publiques de Huawei France. Elle annonce le doublement des dépenses du géant chinois en France dans les quatre ans. Elle récuse l’idée de bannissement de Huawei dans l’Hexagone, alors que l’Anssi a interdit aux opérateurs télécoms, ou limité dans le temps (avant démantèlement), le recours à l’équipementier chinois pour bâtir leurs réseaux 5G. Selon plusieurs experts d’ailleurs, aucun incident de sécurité n’a jamais été répertorié depuis l’existence de l’entreprise il y a trente ans.
Pour Carole Manero (IDATE DigiWorld), « dès que l’Anssi aura validé les équipements de Huawei, ils seront autorisés en France ». Elle ne se fait pas d’illusions sur les équipementiers « qui ont déjà les moyens pour surveiller nos données. Huawei a toujours démenti organiser des backdoors pour faire remonter des données de l’Etat français et de ses citoyens », assure-t-elle. Maxime Forest, directeur adjoint mobile et innovation chez l’Arcep, confirme que « le parlement a voté à l’été 2019 une loi qui permet à l’ANSSI d’avoir un droit de regard sur les équipements que les opérateurs mettent dans leur réseau afin de préserver la sécurité nationale ».
« Arrêter l’hypocrisie politique »
Même son de cloche pour Jacques Marescaux qui s’indigne : « Un jour, il faudra arrêter l’hypocrisie politique. On sait très bien que tout le monde surveille tout le monde. Pourquoi être plus vigilant sur les données des malades que sur les autres ? Si en tant que patient vous truandez votre assurance, c’est que vous avez quelque chose à vous reprocher. » L’Institut qu’il a contribué à fonder a d’ailleurs un partenariat en Chine géré par la plus grande entreprise de communication coréenne. Selon Jacques Biot (administrateur Huawei), « personne ne conteste que Huawei qui est implanté depuis dix-sept ans en France est le plus avancé technologiquement. Pour autant, ils n’en revendiquent pas le monopole. »
Certains ne partagent pas cet avis. Vincent Diebolt (French Clinical Research Infrastructure Network) pense que Huawei n’a plus la réputation suffisante pour assurer le développement de la 5G en France où celle-ci fait déjà l’objet de beaucoup de suspicions à évacuer. Il incite les autres acteurs à se positionner : « La difficulté dans l’Hexagone obsédé par la sécurité des ondes est qu’on a pris du retard par rapport aux pays asiatiques qui eux se sont équipés avec Huawei. »
Après les médicaments, les pouvoirs publics vont-ils lancer la relocalisation européenne (Nokia, Ericsson) des équipements télécom ? À suivre. •
Visite médicale d’aptitude à la conduite : le permis à vie de nouveau sur la sellette
Le dispositif Mon soutien psy peine à convaincre, la Cnam relance l’offensive com’
Ouverture du procès d’un ancien psychiatre de l’AP-HM jugé pour viols et agressions sexuelles sur quatre patientes
Affaire Le Scouarnec : premier mea culpa de l’Ordre des médecins qui exprime ses « profonds regrets »