C’était à Paris un samedi de gilets jaunes. Au Samu de Paris, à la régulation, les équipes anticipent et se préparent au pire. Ce sont des vrais professionnels qui n’ont pas de temps à perdre. Ce jour-là, qu’on se rassure, aucun grain de sable ne grippera la belle machine, pas même la mort brutale d’une vieille dame. Le fils appelle à l’aide. La situation se dégrade à l’évidence de seconde en seconde. « Je vous envoie une ambulance », répond le médecin régulateur deux jours après la présentation du rapport Libault sur le grand âge. Envolés les engagements sur l’éthique, la solidarité avec les anciens, la lutte contre la montre pour essayer de sauver une vie, même celle d’une vieille femme dépendante. Le Samu de Paris a d’autres priorités. On respire ! Notre argent est bien utilisé. « Je ne vais pas me laisser emmerder par l'énervement du fils », doit penser le médecin régulateur en son for intérieur qui se mure alors dans le silence. C’est beau le professionnalisme médical à l’heure de la performance érigée comme le nouveau Graal. Le médecin mute en bon gestionnaire même à l’heure de la mort. Soyons justes. Il se décidera toutefois lorsque tout sera presque fini à envoyer une équipe de pompiers. Un reste d’éthique lui est revenu à la conscience. Fallait-il dire merci ?
Quelques jours plus tard, le fils appelle le Samu pour obtenir une explication sur cette prise en charge pour le moins défaillante. Bien sûr, une intervention n’aurait peut-être rien changé. On reconnaît certes une inadéquation, une erreur, une absence de dialogue regrettable dans ces « moments douloureux ». Mais on n’allait pas tout de même réanimer une grabataire qui vivait en Ehpad ! Non, cette vieille femme dépendante n’était pas grabataire. Elle avait toute sa tête ou presque, son humour caustique et quelques espoirs. Les médecins du Samu ont posé le diagnostic. C'est plié! pas de trace pour le doute. La malade est condamnée. Au suivant. En est-on au moment où après les services de gériatrie, faut-il envisager, — la belle avancée ! — la création d’un Samu spécifique pour les vieux ? Que vaut une vie à plus de 87 ans pour le Samu de Paris ? La réponse, semble-t-il, serait dans la question. Allons jusqu’au bout de la logique financiéro-bureaucratique, créons un nouveau forfait pour les vieux en train de mourir en présence de leur famille pour lesquels on ne peut (peut-être) rien faire. Cela aurait au moins la vertu de soulager la conscience de mon cher confrère. En attendant, qu'il retire au moins son chapeau comme on le faisait dans les campagnes lorsque passait un corbillard.
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