On remarque depuis quelque temps au décours des déclarations de nos énarques, administrateurs d’organismes sociaux, et politiques de tous les horizons des prises de position tout à fait inconvenantes voire parfois dangereuses. Ainsi plusieurs exemples nous montrent qu’ils font fausse route.
Ainsi, notre ministre de la Santé déclare que les services des urgences sont arrivés à faire face à la canicule cet été, et que, malgré un surcroît de travail, ils arrivent toujours à « contrôler » l’afflux constant des patients. La réalité est bien plus triste. Même si le travail est réalisé, cela s’effectue dans des conditions difficiles et parfois dignes de Zola.
Les dotations en matériel de ces services sont minimalistes, les médecins restent désabusés avec un turn over énorme, et les directions hospitalières doivent recruter (souvent sans état d’âme et sans réelle prise de conscience des problèmes) les médecins libéraux (certains sont retraités) pour faire tourner ces services. On ne fait plus la fine bouche pour demander des diplômes d’urgentiste dans cette situation, et même on cherche à recruter des confrères étrangers, FFI (je pensais car je suis naïf que ce titre peu flatteur avait disparu de nos jours du fait des conditions pécuniaires indécentes) pour assurer la permanence des soins…
Ne tirez pas sur le médecin libéral !
Parallèlement, on évoque une absence d’implication des médecins libéraux dans la gestion du flux ininterrompu de patients. Ce type de déclaration est distillé à longueur de journée et devient agaçant pour l’ensemble des médecins. Or il ne faut pas oublier que dans ce cas, avant de tirer sur la cheville ouvrière de notre système de santé, il faudrait essayer de comprendre les raisons de cette « tendance ».
Notre population vieillit, et certains de nos concitoyens souhaitent recevoir des soins de qualité et aussi fréquent qu’ils le désirent (« je cotise pour être bien soigné »). Aussi, les patients n’hésitent pas à consulter pour des motifs parfois futiles et, par voie de conséquence, embolisent les consultations. De plus, compte tenu des tarifs d’une consultation proposée pour un médecin, il est important pour ce dernier de ne pas musarder s’il veut gagner convenablement sa vie.
En conséquence, le médecin libéral n’est pas un fainéant, et s’il ne travaille pas c’est qu’il a déjà abattu un travail considérable (moyenne de travail hebdomadaire des libéraux compris entre 60 et 70 heures sans compter la comptabilité). Fustiger et être médisant en ce qui concerne une profession qui fait tout pour prendre en charge de manière correcte les patients, c’est inique et favorise le burn-out de ces professionnels.
Une répartition des tâches se développe pendant ce temps, certaines étant effectuées par d’autres professionnels de santé. Tout cela est bien joli, mais le mélange des genres n’est parfois pas très logique, voire même délétère pour le système de santé et le patient. Ainsi, accepter que le pharmacien fasse du dépistage du mélanome, que des télécabines soient installées dans des pharmacies en zone surmédicalisée, est une réelle gageure. Il est certain que, de cette manière, on va pouvoir diviser les professionnels de santé, et il sera possible de mieux contrôler les récalcitrants.
En ce qui concerne les téléconsultations, il ne faut pas oublier que derrière « cet outil du futur » se trouve un médecin qui doit passer du temps à répondre à la problématique du patient et doit donner à distance des conseils ou traitements… Dur dur ; cela d’autant plus que l’on oublie qu’il y a une pénurie de praticiens. En développant ce système on amplifie la réduction d’accès aux soins pour une partie non négligeable de la population.
On nous explique par ailleurs que les assistants médicaux permettront au médecin de voir plus de patients (5 ou 6 par heure), et dégageront pour le praticien une meilleure rémunération qu’il pourra partager avec ces assistants (dont le financement sera probablement assuré à moyen terme par les praticiens demandeurs). C’est beau de voir que les praticiens vont faire de l’abattage, et vont être créateurs d’emplois !
Jamais dans les discours on ne parle de prise en compte des cas difficiles nécessitant temps et réflexion, mais aussi des programmes de prévention qui doivent être privilégiés. De toute manière, en moins de 10 minutes, il sera possible de voir l’essentiel ; le superflu devra être oublié. Tout cela contraste avec la formation des jeunes généralistes où l’accent est mis sur une démarche où l’écoute et l’empathie doivent être privilégiées. Or ces éléments, pour être mis en pratique, nécessitent du temps.
Solutions inadaptées
Enfin, la répartition des médecins dans les zones dépourvues de praticiens fait couler beaucoup d’encre, et on se rend compte que les solutions proposées restent parfois peu originales voire même inadaptées : le règlement de bourses pour aller s’installer dans les territoires dépourvus de praticiens (attractif au début des études, mais lorsque le médecin va se mettre en couple, cela devient une source de conflits pour le conjoint qui ne trouve pas nécessairement de travail dans ces zones), fonctionnarisation des médecins (on majore encore la pénurie médicale en faisant travailler les praticiens 35 heures/semaine), recrutement de médecins étrangers (on paie cher un service pour obtenir des vacataires attirés souvent par l’argent), et plus récemment, le comble, c’est une commune qui tente d’appâter les médecins des alentours en proposant des conditions de travail alléchantes.
Ces quelques exemples (il y en a d’autres) nous démontrent que les médecins ne sont rarement voire jamais consultés pour donner leurs idées aux politiques. En agissant de la sorte nous allons droit dans le mur, et nous favorisons une faillite de notre système de santé. Peut-être que cette solution est celle que souhaitent en silence nos énarques ?
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