L’ostéoporose reste encore sous-diagnostiquée, et les patients victimes de fractures insuffisamment pris en charge. C’est un constat que faisait dans nos colonnes il y a quelque temps le Dr Karine Briot, membre du Grio (groupe de recherche et d’information sur les ostéoporoses), en s’appuyant essentiellement sur des études américaines, les chiffres faisant défaut en France.
Cette lacune vient d’être comblée par un travail de l’Assurance Maladie. La CNAM a en effet, depuis un an ouvert à la recherche ses bases de données sur l’ostéoporose, et notamment sur les fractures survenues chez les plus de 50 ans. Elle a demandé à la Société Française de Rhumatologie et au GRIO de fournir des experts pour analyser les éléments de ces bases de données. Elles incluent des statistiques sur la délivrance de médicaments et de réalisation d’actes diagnostiques, ainsi que sur les hospitalisations, les parcours post- hospitalisations, les examens complémentaires, les décès…
Trois femmes pour un homme
Les statistiques dégagées par les experts sont parlantes. En 2013, on recense 177 000 hospitalisations pour fractures chez les plus de 50 ans, dont 54 563 concernent l’extrémité supérieure du fémur. Elles concernent trois femmes pour un homme et deux patients sur trois ont plus de 70 ans. Quant à l’évolution des hospitalisations pour fracture entre 2011 et 2013, elle est très rapide, puisque de 5 % par an, avec 10 % de séjours supplémentaires sur deuxans. Tout cela pour un coût annuel global de 771 millions d’euros, avec un coût par fracture (de l’extrêmité supérieure du fémur) de 5 500 euros.
Et les conséquences à court terme de ces fractures ne sont pas minces puisqu’on constate une mortalité au bout d’un an de 7 % (avec deux fois plus de décès chez les hommes que chez les femmes du fait d’un plus grand nombre de comorbidités chez eux), la survenue d’une nouvelle fracture dans 12 % des cas, et celle d’une nouvelle hospitalisation dans 40 % des cas.
Moins de 10 % des patients ont une ostéodensitométrie
Selon le Pr Erick Legrand (service de rhumatologie, CHU d’Angers), qui a participé à ce travail, le grand nombre constaté de fractures ostéoporotiques s’explique essentiellement par le vieillissement de la population. D’autre part l’ostéoporose reste effectivement sous-diagnostiquée après une fracture.
Deux données du travail de la Caisse Nationale d’Assurance Maladie en attestent : moins de 10 % des patients ayant eu une fracture bénéficient d’une ostéodensitométrie dans l’année qui suit. Et moins de 20 % sont placés sous traitement de fond. D’abord parce que le médecin de famille a tendance à considérer la fracture survenue comme un accident, pas comme le reflet d’une maladie osseuse, l’ostéoporose. Cette conviction reste, d’après le Pr Erik Legrand, établie chez une partie du corps médical français. D’autre part parce que l’ostéodensitométrie est un examen simple, mais dont l’interprétation est assez difficile. En effet, elle fournit des chiffres concernant à la fois les vertèbres lombaires et l’extrémité supérieure du fémur, et il peut y avoir des discordances entre ces résultats.
En outre, il existe plusieurs critères d’interprétation des résultats : la densité, le T-score, et le Z- score. D’où un renoncement d’un certain nombre de médecins devant cet examen. Troisième raison : beaucoup de fractures touchent des patients âgés pour qui une densitométrie devrait être pratiquée dans un centre spécialisé éloigné de leur domicile, ce qui nécessiterait une organisation complexe qui, ajoutée au caractère non urgent de cet examen, amène à y renoncer.
Quant à l’insuffisance de traitement de fond chez les patients porteurs de fractures, elle s’explique surtout par le sous-diagnostic d’ostéoporose. « Le généraliste ne doit plus considérer une première fracture chez un plus de 50 ans comme un accident sauf en cas de cause accidentelle évidente », conclut le Pr Legrand.
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