Dans certains cas, deux tumeurs peuvent se développer dans chacun des seins, en même temps ou à quelques mois d'intervalle. Ces cancers bilatéraux concernent 2 à 11 % des cancers du sein, selon l'Institut Curie, qui vient de publier une nouvelle étude dans « Nature Medicine » sur le sujet. Mené en collaboration avec l’Inserm et le German Breast Cancer Group, ce travail est le premier à décrire le cancer du sein bilatéral à l'aide du séquençage nouvelle génération.
« Conformément à de précédentes études, nous démontrons ici clairement que ces tumeurs sont génomiquement indépendantes », résument les auteurs. Les tumeurs se sont en effet révélées distinctes en termes de mutations, de copies d’altérations et d’expression, est-il détaillé dans un communiqué conjoint de l'Inserm et de Curie. « Si les deux tumeurs dans chaque sein sont d’origines différentes, le type de chaque tumeur (luminal, HER2, triple négatif) influe sur le microenvironnement tumoral dans l’autre sein, notamment le système immunitaire, et modifie la réponse au traitement », lit-on.
Modification de la réponse au traitement
L'analyse a porté sur une cohorte de 17 575 patientes dont 404 étaient porteuses d’un cancer du sein bilatéral (2,3 %). Les chercheurs ont caractérisé les tumeurs et ont observé la réponse du système immunitaire et la réponse à un traitement néoadjuvant. Ils ont pu observer une réponse immunitaire différente lorsque les deux tumeurs droites et gauches étaient de sous-groupes différents.
« Un exemple : les cancers du sein de type luminal 1 ne répondent habituellement pas au traitement néoadjuvant, mais en présence d’une tumeur controlatérale de type triple négatif la réponse immunitaire et la réponse au traitement sont augmentées, explique Joshua Waterfall, chercheur Inserm et co-auteur. Un mécanisme systémique, pour lequel il n’y a pas encore d’explication. »
Un impact sur la prise en charge
Ensuite, les chercheurs se sont intéressés à une cohorte de six patientes dont les tumeurs ont été caractérisées sur le plan génomique. Les profils des patientes ont été comparés avant et après le traitement néoadjuvant. Le séquençage nouvelle génération « nous a permis de montrer que, du point de vue des mutations génétiques, les deux tumeurs sont complètement indépendantes l’une de l’autre », explique Joshua Waterfall.
La petite taille de l'échantillon n'a pas permis de retrouver un gène commun à ces tumeurs. Néanmoins, « c’est une possibilité que nous ne pouvons pas éliminer mais nous ne voyons aucun élément qui va dans ce sens. Les tumeurs bilatérales ont beau ne pas être rares, leur survenue s’avère indépendante et peut être attribuée à la malchance », indique Joshua Waterfall.
À la lumière de ces résultats, les auteurs recommandent de considérer les deux tumeurs de manière distincte, avant d'envisager un traitement qui pourrait cibler les deux. « Étant donné que les deux tumeurs sont indépendantes mais peuvent avoir une influence l’une sur l’autre, le choix du traitement peut s’avérer complexe. Nous espérons que nos résultats pourront guider les soignants dans leurs décisions et améliorer la prise en charge des patientes », avance Joshua Waterfall.
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