Dans le cancer du sein métastatique à récepteurs aux œstrogènes positifs et HER2 négatif, l’adaptation du traitement après la détection précoce d’une mutation génétique permet de freiner la résistance aux traitements. « Le ciblage thérapeutique précoce de la mutation ESR1 entraîne un bénéfice clinique significatif », résument les auteurs français d’une étude publiée dans « The Lancet Oncology ».
Mené dans 83 hôpitaux par le Pr François-Clément Bidard de l’Institut Curie, un essai de phase 3, nommé « Pada-1 », s’est penché sur la résistance acquise aux inhibiteurs de l'aromatase provenant souvent de sous-clones mutés par ESR1. Dans les cancers du sein hormonodépendants, les anti-aromatases (létrozole, anastrozole…) sont la première ligne de traitement et peuvent entraîner chez certaines patientes des mutations activatrices du gène du récepteur aux œstrogènes (ESR1). Ces mutations mènent à une résistance à l’hormonothérapie, mais ces cancers pourraient être sensibles au fulvestrant. C'est la piste explorée par Pada-1.
Une utilisation innovante de la « biopsie liquide »
Pour repérer la mutation, les chercheurs se sont appuyés sur la technique non invasive de la « biopsie liquide » pour suivre l’apparition d’éventuelles mutations ESR1 de l’ADN tumoral circulant dans le sang des patientes, pendant leur traitement.
Au total, 172 patientes présentant ces mutations ont été incluses dans l’essai : 84 ont poursuivi le traitement standard (inhibiteur de l'aromatase et palbociclib) et 88 sont passées au fulvestrant (500 mg par voie intramusculaire le jour 1 de chaque cycle de 28 jours et le jour 15 du cycle 1) et palbociclib (posologie inchangée). Ces patientes ont ensuite été suivies en médiane pendant 26 mois.
Des données à venir sur la survie globale
Le changement anticipé d’hormonothérapie a permis de doubler la survie sans progression de la maladie, à partir de la détection de la mutation dans le sang (11,9 mois versus 5,7 mois), relèvent les auteurs. « L’étude Pada-1 démontre pour la première fois l’efficacité d’un changement précoce d’hormonothérapie dès la détection de la mutation ESR1 dans le sang des patientes. L’utilisation de la technique innovante de l’ADN tumoral circulant permet ainsi de changer le traitement avant que le cancer ne réévolue », commente le Pr Bidard, dans un communiqué.
Si la conception inédite utilisée dans cet essai (biopsie liquide et changement rapide de traitement) « pourrait aider à lutter contre la résistance acquise avec de nouveaux médicaments dans les futurs essais », estiment les auteurs, leur étude ne permet pas de conclure sur l’amélioration de la survie globale. De nouvelles données « seront rapportées ultérieurement », annoncent-ils, rappelant que « l'utilisation de marqueurs tumoraux à base de protéines dans le cancer de l'ovaire comme déclencheur d'un traitement systémique n'a pas montré de bénéfice à long terme en termes de survie globale ».
« Pour montrer pleinement l'utilité clinique de l'ADN tumoral circulant en tant qu'outil pour cibler les mutations de résistance émergentes, les futurs essais cliniques devraient être alimentés pour des résultats à long terme, tels que le délai d'échec de la stratégie et la survie globale », concluent-ils.
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