À travers son allocution lors de la Convention nationale des Centres de lutte contre le cancer (CLCC) du 14 novembre, le ministre de la Santé François Braun est notamment venu rappeler les objectifs de la stratégie décennale de lutte contre les cancers 2021-2030 : renforcer la prévention, mieux gérer l’après cancer, faire reculer les cancers de mauvais pronostic et réduire les inégalités d’accès aux soins.
« Le nombre de cancers évitables chaque année est estimé à 150 000. Nous voulons le réduire de 60 000 par an à l’horizon 2040, a précisé le ministre. Nous voulons dépister un million de personnes en plus par an à l’horizon 2025 (9 millions de dépistages sont réalisés aujourd’hui). »
Le ministre a aussi rappelé la mise en place de consultations de prévention à tous les âges de la vie (vers 25, 45 et 65 ans), annoncée en septembre. « Nous saluons cette mesure, a commenté Sophie Beaupère, déléguée générale d’Unicancer. Nous avons contribué à une proposition d’amendement afin que ces consultations soient adaptées aux patients atteints de cancer. »
Le ministre a également évoqué la création de l’Agence innovation santé, lancée le 31 octobre dernier et dirigée par la Dr Lise Alter, médecin de santé publique. « Nous l’attendions fortement, reconnaît Sophie Beaupère, notamment concernant les délais de mise en place des projets de recherche et afin de faciliter l’accès à l’innovation ». Concernant la réduction des inégalités d’accès à la santé, « c’est tout le rôle du Conseil national de la refondation, le CNR santé, de définir et coordonner cet effort », a souligné le ministre, en invitant Unicancer à poursuivre sa contribution. Le volet santé de cette concertation nationale a été lancé le 3 octobre et sa restitution est attendue pour janvier.
Renforcer l’attractivité des métiers
« Nous sommes actuellement dans une période difficile en termes de ressources humaines, et certaines disciplines sont davantage sous tension : la radiologie, la médecine nucléaire, la radiothérapie et l'anesthésie, reconnaît le Pr Jean-Yves Blay, président d’Unicancer. En effet, 12 000 médecins vont partir en retraite dans les cinq prochaines années, alors que 9 000 jeunes sortent des épreuves classantes nationales, parmi lesquels certains ne travailleront jamais en médecine. »
La volonté de la nouvelle génération n’étant pas de travailler 70 heures par semaine, « on remplacera un médecin par 1,8 médecin, estime le Pr Blay. Il est essentiel d’attirer plus de jeunes professionnels, en leur offrant un équilibre et des possibilités d’évolution. » L’enjeu majeur est de renforcer l’attractivité des métiers et la formation de nouveaux praticiens.
Les CLCC sont touchés par l’inflation. « Les plateaux techniques sont gourmands en énergie », précise Sophie Beaupère, qui pointe en moyenne 30 % de surcoûts sur les travaux entrepris. Néanmoins, malgré ce contexte de contraintes majeures, l’activité des CLCC a progressé de 6 % entre 2019 et 2021.
Cinq projets innovants récompensés
« Dans les six mois à venir, une démarche prospective sera mise en place », révèle Sophie Beaupère. Elle s’articule autour de quatre grands axes : évolution des parcours de soins et de la prise en charge, aide à la décision médicale et paramédicale par l’analyse de données, ressources humaines (métiers, formation, attractivité, management), gouvernance et positionnement stratégique des centres sur leur territoire. Pour sa réalisation, des partenariats extérieurs ont été entrepris, notamment avec la Chaire santé de Science Po.
Pour clôturer la Convention, quatre prix Unicancer de l’innovation ont récompensé cinq projets parmi les 51 en lice cette année. La catégorie « Prévention et santé globale » a primé le programme Interception, qui vise à construire la prévention des cancers de demain. Mené par la Pr Suzette Delaloge (Gustave Roussy, Villejuif), il devrait être déployé dans une dizaine de centres dans les deux années à venir. Le projet GIScar a remporté le prix « Accès à l’innovation ». Il s’agit d’un score d’instabilité génomique pour les cancers ovariens, développé par le centre François-Baclesse de Caen.
Concernant la catégorie « Parcours professionnels dynamiques », le prix a été décerné à la création du poste d’infirmière pivot, clé du succès de l’unité de chirurgie ambulatoire au centre Henri-Becquerel de Rouen. Enfin, le coup de cœur du jury a récompensé deux projets : le parcours aidant (centre Léon-Bérard, Lyon) et Klineo (Gustave Roussy). Le premier propose une prise en charge globale et personnalisée de l’aidant, et le second est une plateforme permettant aux patients d’accéder à l’information sur les essais cliniques disponibles en France.
D’après l’intervention du ministre de la Santé et la conférence de presse de la Convention nationale des CLCC, le 14 novembre 2022
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