Selon une vaste étude rétrospective internationale publiée dans le « Lancet Respiratory Medicine », la varénicline, commercialisée sous le nom de Champix, n’augmente ni le risque de pathologies cardiovasculaires ni le risque dépressif. Ce médicament est connu pour occasionner des troubles du sommeil et des cauchemars. On le soupçonnait de provoquer des troubles de l’humeur et des idées suicidaires. Une méta-analyse publiée dans le « Canadian Medical Association Journal » en 2011 avaient exprimé quelques craintes concernant le risque d’événements cardiovasculaire et neuropsychiatrique. L’ancien ministre de la Santé Xavier Bertrand avait pris la décision de le dérembourser en 2011.
Une cohorte de 165 000 patients
Les résultats que viennent de publier le Pr Daniel Kotz, de l’université de Düsseldorf, et ses collègues anglais, écossais, néerlandais et américains, se veulent plutôt rassurants. Les auteurs ont rassemblé des données provenant de 753 services de sécurités sociales, sur près de 165 000 patients ayant reçu une prescription de traitement pour un sevrage tabagique. Près de 107 000 d’entre eux ont reçu un substitut nicotinique, 6 500 étaient sous bupropion et 51 500 sous varénicline. Au bout de 6 mois de suivi, les auteurs ont constaté que les patients sous varénicline ont un risque de cardiopathie ischémique significativement diminué de 16 %, un risque d’infarctus cérébral significativement diminué de 42 %. Le risque d’arythmie était également diminué de 28 %. En ce qui concerne les risques de dépression et d’automutilation, ils étaient respectivement diminués de 45 et 40 %.
Les auteurs ne concluent cependant pas à un effet protecteur du Champix ou du bupropion (dont les résultats étaient à peu près similaires). « Il est frappant de noter les différences importantes entre les patients sous varénicline et sous bupropion comparés à ceux sous produits de substitution : ces derniers sont plus vieux, et avaient plus de risques neuropsychiatriques et cardiovasculaires », écrivent-ils. Bien que ces différences aient été en théorie contrebalancées dans l’analyse statistique, les auteurs préfèrent rester prudents et se contentent de conclure à une absence de surrisque cardiovasculaire et neuropsychiatrique de la varénicline.
« Nos résultats suggèrent que les médecins peuvent prescrire plus largement la varénicline, y compris aux patients souffrant de comorbidités », concluent les auteurs.
Le prix, un frein important
« Selon les dernières présentations qui circulent en congrès, il semblerait en effet que les études multicentriques récentes montrent que les patients psychiatriques peuvent être mis sous champix », confirme le Dr Marie Masure du centre d’addictologie de Reims.
Le Champix est peu prescrit au sein centre du Dr Mazure, mais pas seulement à cause des effets secondaires. « Mes patients qui souhaitent arrêter de fumer sont souvent en difficulté financière, et ne peuvent se permettre de consacrer 70 à 75 euros non remboursés pour 15 jours de traitement. Je ne continue à prescrire le Champix que si le patient en fait expressément la demande ou quand il y a eu une expérience antérieure très concluante avec le Champix. »
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