Aujourd’hui, les patients ont des difficultés à obtenir un rendez-vous de consultation de cardiologie en ville dans un délai rapproché ce qui, entre autres, fait obstacle à la nécessaire coordination ville hôpital indispensable pour le suivi de certaines pathologies exigeantes telles que l’insuffisance cardiaque ou les suites de syndrome coronaire aigu. Cette situation relève en partie de la démographie médicale, notamment dans certaines régions qui accusent une réelle pénurie de cardiologues, mais elle se rencontre aussi, paradoxalement, dans les zones de forte densité démographique, s’expliquant alors par la patientèle importante des cardiologues du fait de leur âge (l’âge moyen des libéraux en exercice est de 54 ans) ainsi que par leur organisation de travail qui comporte des activités parallèles en milieu clinique restreignant le temps de consultation disponible.
Solitude, responsabilité médico-légale, contraintes financières…
Pour l’avenir, l'allongement de l'espérance de vie laisse augurer d’une inadéquation entre la disponibilité des cardiologues en ville et la population à traiter.
D’autant que nos jeunes confrères manifestent peu d’attrait pour la cardiologie libérale : moins de 5 % des récents diplômés choisissent ce mode d’exercice, une démarche acceptée sinon voulue par les Autorités de santé, et moins de 10 % d’entre eux font des remplacements.
Les jeunes diplômés sont en effet souvent réticents à couper le cordon ombilical qui les relie à l'hôpital, craignant l'aspect solitaire de la cardiologie de ville, l'absence de confrontation diagnostique, la responsabilité médicolégale croissante, les contraintes financières, les carcans administratifs, les incertitudes des autorités de tutelle…
Tous ces éléments laissent planer la menace d’une disparition annoncée des cardiologues de ville, c'est-à-dire des cardiologues de proximité dont l'impact sur la santé publique, aussi bien en qualité qu'en coût, paraît fondamental.
Gagner la confiance
L'attrait de la cardiologie libérale ne doit pas être méconnu de nos jeunes confrères. En effet notre exercice repose sur des qualités humaines et intellectuelles dont bénéficie le patient connu et suivi avec une proximité qui permet une perception de sa personnalité et de son entourage. La confiance des patients ne se revendique pas au terme de quelques jours d'hôpital mais se mérite au long d'un accompagnement au quotidien.
La pratique de ville est appelée à évoluer en tenant compte de la nécessité d'une implication dans l'éducation thérapeutique concourant à l'efficacité des soins et dans le recours à la télémédecine qui gagnera à s'appuyer sur des cardiologues de proximité pour le suivi des patients plutôt qu'à des plateaux logistiques à distance sur lequel un interlocuteur anonyme ne pourra pas saisir la complexité de l'aspect humain et du contexte du patient.
À nos jeunes confrères qui hésiteraient à s'engager dans la cardiologie libérale face aux contraintes et incertitudes de ce mode d’exercice, je voudrais rappeler la profonde satisfaction ressentie par les cardiologues libéraux d'être leur propre patron dans leur travail, riche des relations humaines développées avec leurs patients.
Le déclin de la cardiologie libérale de ville est ressenti comme un grand dommage par l'ensemble de nos patients très attachés à un suivi rapproché qui allie une confiance gagnée au cours du temps et une optimisation de leur traitement en intégrant toutes les données culturelles et sociofamiliales dans les décisions thérapeutiques proposées.
Président du Collège français des cardiologues français, Cannes
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