Nombreuses sont les équipes qui se lancent dans une nouvelle voie de recherche : lutter contre l’obésité en soumettant les sujets à des températures basses. La théorie de « l’hiver métabolique » fait de plus en plus d’adeptes dans le monde. Trois chercheurs américains – Raymond Cronise, un ancien chercheur de la NASA, David Sinclair, un généticien de Harvard, et Andrew Bremer, un chercheur aux National institutes of health (NIH) – en ont posé les principes en septembre 2014, dans la revue « Metabolic syndrome and related disorders » : l’épidémie d’obésité ne serait pas seulement liée à la sédentarité et à la surnutrition, elle découle également du fait que nous vivions dans un environnement confortablement surchauffé. Pendant 7 millions d’années, l’humanité, comme les autres espèces, a dû lutter pour s’adapter à la faim et au froid. L’homme moderne, ayant résolu ces deux problèmes, se retrouve avec un excédent d’énergie.
Les chercheurs partent du principe que l’exposition au froid active, chez la plupart des mammifères, le « bon » tissu adipeux brun, qui brûle les graisses pour les transformer en chaleur, contrairement au tissu adipeux blanc qui, lui, les stocke. Jusqu’à très récemment, il était établi que chez l’homme, ce tissu involuait très rapidement après la naissance. Le fait n’est désormais plus contestable : la graisse brune persiste chez l’adulte.
Ce tissu adipeux brun fonctionne en puisant dans ses propres triglycérides, dans les acides gras et le glucose de la circulation et dans les triglycérides des lipoprotéines circulantes (type chylomicrons et LDL). « D’où les perspectives thérapeutiques intéressantes pour la lutte contre l’insulinorésistance et le diabète, et contre la dyslipidémie », explique Dominique Langin, professeur de nutrition et directeur adjoint de l’institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires (I2MC).
Une équipe des NIH a récemment montré dans « Diabetes » qu’une réduction de la température dans une chambre où dormaient 5 individus, aux environs de 18 °C, permet de doubler la quantité de graisse brune en 4 semaines. Parmi les expériences de « mise au froid » les plus remarquables, on peut aussi citer une étude
japonaise publiée dans « Journal of Clinical Investigation » dans laquelle les chercheurs ont exposé 8 personnes « avec peu ou pas de graisse brune » à l’inclusion, à une température de 17 °C, 2 heures par jour. Au bout de 6 semaines, les participants avaient perdu 5 % de leur masse graisseuse blanche.
Le Pr Langin met toutefois en garde contre une limite importante : ces expériences ont pour l’instant toutes été réalisées chez des sujets « plutôt jeunes, plutôt minces et en bonne santé ». La quantité de tissu brun – effectivement détectable chez ces d’individus – diminue avec l’indice de masse corporelle et avec l’âge. « Or c’est justement les personnes obèses et ceux d’un certain âge qu’il faudrait pouvoir cibler », rappelle le Pr Langin.
Des résultats plus récents publiés en juillet dans la revue « Nature Medicine » sont, de ce point de vue, encourageants. Chez 8 patients diabétiques de type 2 en surpoids (IMC moyen de 29,8 kg/m2), âgés de 59 ans en moyenne, ayant passé 6 heures par jour à une température de 14 à 15 °C pendant 10 jours, des chercheurs néerlandais (Maastricht) ont réussi à mettre en évidence une augmentation de la captation du glucose par le tissu adipeux brun. Et surtout, la sensibilité à l’insuline a été améliorée : la perfusion du glucose était augmentée de 43 % lors du clamp hyperinsulinémique. L’effet, obtenu en seulement 10 jours, « était même supérieur à l’amélioration de la sensibilité de l’insuline observée avec l’exercice physique », ont noté les chercheurs.
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