Le point de vue du Pr Roger Salamon

On ne peut considérer le rugby comme un sport à risque mortel

Publié le 31/01/2019
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Crédit photo : DR

Face à l’immense tristesse devant l’inacceptable décès d’un jeune joueur de rugby, il est bien difficile d’essayer d’apporter quelques bémols aux critiques qui dénoncent avec excès la dangerosité du rugby.

Je vais néanmoins prendre le risque d’être un avocat de ce sport qui à mon sens est un formidable support pour une évolution favorable tant sanitaire que sociétale pour les jeunes.

Des accidents graves de moins en moins fréquents

Il faut objectivement observer les données disponibles et constater que les accidents graves parmi les joueurs de rugby ont fortement décru entre 1996 et 2018 (source observatoire accidents FFR) et que les décès traumatiques liés à la pratique sportive en France (source Institut de Veille Sanitaire, 2010) sont très majoritairement liés aux sports de montagne (40 %), aux sports aquatiques (20 %), à la chasse et aux sports d’arme (11 %), aux sports aériens (8 %). Le reste – moins de 4 % - est lié aux autres sports (équitation, football, rugby, autres sports).

On ne peut décemment pas considérer le rugby comme un sport à risque mortel.

Nouvelles règles et arbitrages stricts

Certes c’est un sport brutal perçu parfois comme un sport de combat mais il faut souligner les efforts de la FFR pour lutter contre les risques traumatiques. À travers de nouvelles règles. À travers des règles arbitrales strictes. Mais aussi avec la mise en place d’études scientifiques sérieuses pour évaluer l’efficacité de techniques spécifiques d’entraînement pour les joueurs en activité et pour surveiller la santé des anciens joueurs grâce à la mise en place d’une cohorte.

Ces travaux scientifiques indispensables et originaux sont mis en place dans le cadre d’une convention entre la FFR et l’Institut de Santé Publique, d’Épidémiologie et de Développement de l’Université de Bordeaux. Cette convention sera signée début 2019 et permettra pour les plus jeunes et plus anciens joueurs d’évaluer objectivement la dangerosité du rugby et d’évaluer les mesures de prévention les plus appropriées. À ma connaissance, aucune autre fédération sportive ne met en place de telles études concernant les risques traumatiques de leurs pratiquants.

Pr Roger Salamon, Université de Bordeaux Fondateur de l'Institut de santé publique, d'épidémiologie et de développement (Isped)

Source : Le Quotidien du médecin: 9718