LE SYNDROME de l’intestin irritable (SII) représente près d’un tiers des consultations des gastro-entérologues et près de 5 % des consultations des généralistes. Dix à 20 % de la population seraient victime de ce trouble, prédominant chez les femmes entre 25 et 45 ans. Les patients sont gênés par une douleur ou un inconfort chronique de l’abdomen, des troubles du transit (diarrhée, constipation ou alternance des deux) et des sensations de ballonnement. Les critères de Rome III, publiés en 2006, précisent sa chronicité (évolution depuis au moins six mois), sa récurrence (présence au moins trois jours par mois durant les trois derniers mois) et son association avec au moins deux des trois critères suivants : amélioration par la défécation, survenue associée à une modification de la fréquence ou de la consistance des selles.
La physiopathologie mieux comprise.
Le Pr Philippe Ducrotté (CHU Rouen) détaillera les différentes causes du SII. Les troubles de la motricité de l’intestin expliquent en partie les symptômes : l’intestin se contracte de façon anormale et potentiellement douloureuse, sous l’effet du stress ou de l’ingestion d’un repas. Une deuxième hypothèse est celle de l’hypersensibilité digestive, mise en évidence par une technique de distension qui consiste à gonfler un ballon à l’intérieur du côlon. Les patients souffrant de SII décrivent une situation d’inconfort, voire de douleur, de façon bien plus précoce que les individus sains. L’origine centrale de la douleur, mise en évidence par IRM fonctionnelle, est le plus souvent associée à des troubles psychologiques : anxiété, dépression, événements de vie douloureux…
Une infection intestinale augmente aussi le risque de développer un SII, surtout si elle survient chez une personne jeune, anxieuse et si sa durée est longue : au total, 15 à 20 % des SII sont post-infectieux. On a découvert depuis peu que des antécédents de gastro-entérites dans l’enfance pouvaient favoriser le SII… L’inflammation peut aussi s’expliquer par une hyperperméabilité de la muqueuse intestinale, normalement étanche. Elle pourrait être due à un stress chronique et faciliterait le passage à travers l’épithélium intestinal des antigènes alimentaires et bactériens responsables du maintien d’une micro-inflammation, ce qui ajoute aux anomalies sensori-motrices.
Une efficacité clinique démontrée.
L’usage des probiotiques dans le SII fait l’objet d’un intérêt grandissant. Philippe Langella (INRA) précisera le rôle que certains d’entre eux peuvent jouer sur la flore intestinale et dans les différents mécanismes du SII, notamment dans l’inflammation. Chaque souche de probiotiques ayant ses propriétés propres, il est important éviter les extrapolations et de continuer à mener des essais contrôlés.
Le Lactobacillus plantarum 299v (Lp299v) présent naturellement dans la flore intestinale, a été sélectionné pour ses propriétés spécifiques d’adhésion et sa capacité à coloniser la muqueuse intestinale. Le Lp299v agit par différents mécanismes. Il améliore l’étanchéité de la muqueuse intestinale en augmentant les substrats nécessaires à la croissance des cellules épithéliales intestinales, comme les acides gras à chaînes courtes (acide propionique, acide acétique). Il inhibe aussi le développement de bactéries pathogènes par différents biais, notamment en stimulant la production de mucus intestinal qui tapisse l’épithélium intestinal et constitue une barrière physico-chimique. Les lactobacillus plantarum 299v peuvent aussi moduler plus directement le système immunitaire, en régulant les cellules immunocompétentes (interleukines et cytokines). Et enfin, ils normalisent la motilité intestinale en modulant l’activité neuromusculaire de l’intestin via l’axe cerveau intestin.
Le Pr Philippe Marteau (hôpital Lariboisière, Paris) détaillera ces différents modes d’action ainsi que les données cliniques. Cette souche a fait l’objet de 7 études cliniques, dont 3 études randomisées contre placebo. Les patients ayant reçu du Lp299v pendant 4 semaines, ont déclaré une amélioration de la gêne abdominale, une réduction des ballonnements et des gaz et une amélioration du transit intestinal. Aucun effet secondaire n’a été reporté.
Session d’hépato-gastrœntérologie « Le syndrome de l’intestion irritable : physiopathologie et intérêt des probiotiques dans la prise en charge chronique ». Parrainée par les laboratoires Merck Médication Familiale, vendredi 19 mars de 13 h 30 à 15 h 30. Inscription sur le site http://lemedec.com ou au 02 38 90 80 06.
CCAM technique : des trous dans la raquette des revalorisations
Dr Patrick Gasser (Avenir Spé) : « Mon but n’est pas de m’opposer à mes collègues médecins généralistes »
Congrès de la SNFMI 2024 : la médecine interne à la loupe
La nouvelle convention médicale publiée au Journal officiel, le G à 30 euros le 22 décembre 2024