La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a lancé ce jeudi 5 février 2026 les premiers travaux ministériels sur la santé périnatale et présenté le plan fertilité, qui se faisait attendre depuis 2024. La santé périnatale et maternelle et la fertilité « sont deux sujets étroitement liés », indique le ministère. Alors que se tenait la première réunion d’experts sur la santé périnatale, le comité de pilotage du plan fertilité se réunissait dans une autre salle du bâtiment de l’avenue Duquesne.
Trois personnalités qualifiées se sont vues confier la coordination d’un groupe de travail sur la santé périnatale : le Pr Loïc Sentilhes (chef du service de gynécologie obstétrique du CHU de Bordeaux), la Pr Elsa Kermorvant (service de néonatalogie et réanimation néonatale de l’hôpital Necker-Enfants malades, AP-HP) et la sage-femme libérale Éliette Bruneau. Leur mission est de réaliser un diagnostic complet de l’organisation des soins périnataux, en s’appuyant sur les recommandations scientifiques, les travaux des sociétés savantes et de la mission d’information du Sénat de septembre 2024, ainsi que sur un rapport de l’Igas en cours de finalisation.
En 2022, la mortalité néonatale a atteint en France 2,7 pour 1 000 naissances, plaçant notre pays au 22e rang sur 34 pays européens. La mortalité infantile s’élevait, elle, à 4,1 pour 1 000 naissances en 2024, soit un enfant sur 250, un taux supérieur à la moyenne européenne depuis 2015. La mortalité maternelle du post partum est aussi à des niveaux élevés, et dans un décès sur quatre, il s’agit d’un suicide.
Des moyens humains pas adaptés
Le ministère reconnaît « une crise démographique touchant l’ensemble des professions en maternité et une vulnérabilité accrue de certaines structures, dans un contexte de baisse durable de la natalité. » Pour Éliette Bruneau, il faut « un accompagnement qui repose sur un référent clairement identifié, avec l’ensemble des acteurs impliqués dans le suivi de la grossesse, de l’accouchement et du post-partum ».
Le Pr Sentilhes constate pour sa part une situation inquiétante « au cœur des maternités, en termes de ressources humaines, de qualité de soins et d’inégalités territoriales », décrit-il. Avant de préciser : « Il y a eu des changements majeurs dans les soins périnataux depuis les décrets de 1997 et 1998, qui régissent encore leurs ressources. Des choses avaient été lancées pour améliorer la qualité des soins, des travaux collaboratifs qui ont été interrompus par le Covid. » Les experts doivent identifier les leviers d’action et rédiger un plan d’action opérationnel. Les premières conclusions seront remises à la ministre d’ici à juin 2026.
16 mesures pour lutter contre l’infertilité
Pour ce qui est du plan infertilité, l’un de ses objectifs est de sortir le grand public de l’idée reçue selon laquelle l’infertilité concerne avant tout les femmes. L’infertilité touche 3,3 millions d’hommes et de femmes, un couple français sur huit connaît des difficultés à concevoir un enfant et 4 % des naissances sont issues d’une assistance médicale à la procréation (AMP). « L’infertilité augmente de 0,2 à 0,3 % par an dans le monde, et pas seulement dans les pays industrialisés », a rappelé le Pr Samir Hamamah, chef du service de biologie de la reproduction au CHU de Montpellier, qui copréside le comité de pilotage avec la romancière et militante Salomé Berlioux.
Le Pr Hamamah et Salomé Berlioux avaient déjà co-écrit un rapport sur les causes de l’infertilité, remis au président de la République en février 2022, qui a inspiré ce plan de lutte contre l’infertilité, initialement promis pour 2024 par le chef de l'État. Le sort même du plan était sujet à des doutes. À la tête du ministère de la Santé pendant le plus gros de 2024 et 2025, Catherine Vautrin avait marqué sa préférence pour un plan plus large, autour des thématiques de vieillissement et de natalité, faisant craindre un mélange des genres chez les spécialistes. Le recentrage sur l'infertilité est désormais assumé par l'actuelle ministre, Stéphanie Rist.
Le plan inclut 16 mesures dont la création d’un portail national de référence sur la santé reproductive et la fertilité. La mesure phare est la formulation d’un message qui doit, à partir de la fin de l'été, être envoyé à tous les Français lors de leurs 29 ans. Le ministère insiste sur l’absence de « volonté prescriptive » et se défend de vouloir inciter les Français à faire des enfants plus tôt. « Il faut quand même une information sur le fait que les problèmes de fertilité touchent une personne sur quatre à 30 ans, et une personne sur trois à 35 ans », nous précise-t-on pour désamorcer la polémique après les propos tenus d’Emmanuel Macron qui avait lié l'infertilité à une problématique de « réarmement démographique ». « Avoir un enfant ou ne pas en avoir est un choix personnel, mais derrière ces décisions intimes se jouent aussi des décisions collectives », a précisé à la presse Stéphanie Rist.
Ce plan inclut également la mise en place d’un parcours de soins dédié à la fertilité, la généralisation des plateformes Prevenir, la poursuite de la stratégie nationale de lutte contre l’endométriose et le renforcement de la prise en charge du syndrome des ovaires polykystiques. Une grande campagne d’information est aussi programmée pour 2026. « On nous reproche d’ “angoisser les gens”, reconnaît Salomé Berliouc. Mais la réalité est que la monté de l’infertilité collective en soit est angoissante, et c’est encore plus angoissant de ne pas être au courant. »
Le plan, dont le budget d'ensemble n'est pas détaillé, ne se limite pas à la communication. Le ministère veut aussi augmenter les possibilités de congeler ses ovocytes, un choix permis par la loi bioéthique de 2021 mais qui se heurte dans les faits à de longs délais d'attente. Dans l’objectif de 70 centres proposant l’autoconservation ovocytaire en France d’ici à 2028, une trentaine est en cours de déploiement. Par ailleurs, la ministre souhaite autoriser des structures privées à but lucratif, en assurant néanmoins que la procédure restera gratuite et exempte d’une « logique marchande », comme l’est le don. « Il faut ouvrir la possibilité d’autoconservation des gamètes mais sans les mythifier : ce n’est pas une baguette magique », prévient Stéphanie Rist.
Les 16 mesures du plan infertilité
Les mesures sont réparties en quatre axes
Axe 1 :
Sensibiliser et prévenir
Création d’un portail national de référence sur la santé reproductive et la fertilité, accessible via Sante.fr
Diffusion d’une information ciblée, équilibrée, à la fois sur la santé sexuelle et sur la santé reproductive, à destination de l’ensemble des Français et Françaises de 29 ans
Renforcement de l’éducation à la santé reproductive en milieu scolaire, en lien avec l’Éducation nationale
Lancement d’une campagne nationale de communication, visant à améliorer la connaissance des enjeux de santé reproductive et à lutter contre les idées reçues
Renforcement de la prévention des risques environnementaux et comportementaux
Axe 2 :
Détecter précocement et mieux diagnostiquer
Améliorer le parcours de soins dédié à la fertilité via l’intégration d’une fiche dédiée dans « Mon bilan prévention » et les recommandations à venir de la HAS sur la santé préconceptionnelle
Généralisation des plateformes Prevenir
Poursuite de la stratégie nationale de lutte contre l’endométriose
Amélioration du diagnostic du syndrome des ovaires polykystiques
Axe 3 :
Prendre en charge : améliorer, élargir et mieux informer sur l’assistance médicale à la procréation
Déploiement de 30 centres nouvellement autorisés d’autoconservation des ovocytes, s’ajoutant aux 40 existants
Lancer les réflexions pour l’ouverture de l’autoconservation des ovocytes aux centres privés à but lucratif, afin d’élargir l’offre et de réduire les délais d’accès
Mise en place d’un système d’information national de gestion des dons de gamètes et d’embryons, pour améliorer la transparence, la traçabilité et l’efficience du système
Mise en place d’un sondage national sur l’autoconservation
Amélioration de l’organisation des parcours au sein de chaque centre d’AMP via le lancement d’une mission de l’agence nationale de la performance sanitaire et médico-sociale
Axe 4 :
Recherche et innovation
Déploiement d’appels à projets ou volets thématiques pouvant porter spécifiquement sur la fertilité
Structuration et renforcement du suivi épidémiologique, avec un suivi plus rapproché des indicateurs sanitaires de la santé reproductive masculine et féminine
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