CE TRAVAIL a été réalisé dans le cadre du programme interministériel de R&D NRBC (nucléaire, radiologique, biochimique, chimique et explosifs) confié au CEA en 2005 par le SGDSN*.
Dans le but de trouver un traitement spécifique et plus particulièrement des molécules capables d’inhiber la toxicité cellulaire de la ricine, les chercheurs ont réalisé un ciblage de grande ampleur à partir d’une banque de 16 500 composés chimiques. Ils sont parvenus à isoler deux molécules, appelées Rétro-1 et Rétro-2, capable de bloquer sélectivement le transport intracellulaire de ces toxines entre les endosomes précoces et l’appareil de Golgi. Ces deux compartiments intracellulaires participent au transport des molécules depuis l’extérieur vers l’intérieur (c’est le transport rétrograde).
Respect de l’appareil de Golgi.
À la différence d’autres molécules déjà connues pour leur capacité à bloquer le transport rétrograde, Rétro-1 et Rétro-2 respectent l’intégrité de l’appareil de Golgi. De plus, elles sont très spécifiques et ne bloquent pas le transport rétrograde des protéines essentielles au bon fonctionnement de la cellule. Elles n’affectent aucun autre de ses systèmes de transport et respectent l’intégrité de tous les organites impliqués dans le trafic intracellulaire.
Dans des études d’expérimentation animale, réalisées in vivo, les chercheurs ont montré qu’une de ces molécules, injectée avant une administration létale de ricine par voie nasale, protège totalement les souris exposées, le taux de survie passant de 15 à 100 % pour la dose la plus forte de Rétro-2 utilisé.
Ces molécules sont les premières à montrer une efficacité contre la toxicité de la ricine et à présenter un fort potentiel thérapeutique.
Ces résultats sont essentiels pour la lutte contre l’un des agents du bioterrorisme pour lequel aucun traitement n’est disponible à ce jour
La ricine est une glycoprotéine très toxique présente à une concentration variant de 1 à 10 % dans la graine de ricin. Elle peut être extraite de l’huile de ricin incomplètement purifié. Administrée par voie digestive elle est en grande partie détruite par les enzymes digestives protéolytiques. Elle est environ 1 000 fois plus toxique administrée par inhalation ou voie parentérale. Ses effets sont généralement irréversibles, les symptômes apparaissent, suivant le mode d’exposition, au bout de quelques minutes à plusieurs heures, conduisant à la mort de la personne exposée en 3 à 5 jours. Il n’existe à ce jour aucune antidote ; le traitement est uniquement symptomatique.
Shiga et choléra.
La découverte des molécules Rétro-1 et Rétro-2 a une portée beaucoup plus large que la lutte anti-terroriste. Les chercheurs ont également montré que ces molécules ont un effet sur le transport d’autres toxines comme la toxine produite par la bactérie Shigella et la toxine cholérique. Ces résultats ouvrent des perspectives pour le développement de traitements du syndrome hémolytique et urémique complication la plus grave des infections à Escherichia coli producteurs de toxines de Shiga, affection potentiellement mortelle touchant les enfants de moins de trois ans.
B Stechman, SK Bai, E Gobbo, R.Lopez, G. Merer, S Pinchard, L Panigai, D Tenza, G Raposo, B Beaumelle, D. Sauvaire, D. Gillet, L Johannes, J Babier. Cell, online,2010
*Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale.
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