« L’évolution actuelle est à une ringardisation de l’examen clinique, alors qu’il est extrêmement pertinent » souligne le Dr Olivier Kandel de la Société française de médecine générale. « A l’hôpital, Les mots ont changé. On ne parle plus d’examen clinique, mais de bilantage, de protocole, » insiste ce médecin généraliste de Poitiers. Or l’hôpital influence beaucoup la pratique des médecins. Notamment parce que l’enseignement médical est effectué par des hospitaliers.
« En premier recours dans un système de santé , l’examen clinique est essentiel en médecine générale,» pointe encore le Dr Kandel. En 16 à 20 minutes, le généraliste doit avoir clarifié les situations qu’on lui propose. Et un patient vient en moyenne pour 2,2 problèmes de santé à la fois. On sait qu’une anamnèse correctement menée donne une idée précise du diagnostic dans 85% des cas.
Co-auteur d'un «manuel théorique de médecine générale», le Dr Kandel rappelle que le raisonnement clinique du médecin se rapproche de celui de l’intelligence artificielle qui procède par reconnaissance de formes. Sur 100 solutions possibles, le médecin se concentre d’emblée sur les 25 adaptées à la situation. Alors que le travail en « bilantage » proposé et dans l’air du temps screene, quant à lui, l’ensemble des hypothèses.
Le Covid rebat les cartes
Pourtant, la crise du Covid a remis sur le devant de la scène la question de l’utilité de l’examen clinique. Elle amène à poser plusieurs questions. Dans un examen clinique, l’examen physique est il systématique ? Dans certaines situations, l’analyse conversationnelle de l’anamnèse ne suffit- elle pas ?
Un étude de la Société française de médecine générale effectuée il y a plusieurs années sur un échantillon de 250 généralistes représentatifs pour l’âge, le sexe, le secteur conventionnel, la répartition géographique et l’activité médicale fournit des réponses sur les pratiques des médecins au cabinet. L’examen général habituellement décrit en médecine n’était réalisé effectivement que dans 43,2% des séances. Lors de 13,1% des séances, aucun examen n’était nécessaire pour la prise de décisions soit parce que la consultation avait pour but un suivi d’investigations, un renouvellement d’ordonnance, soit parce qu’elle ne comportait qu’un entretien psychologique. D’autre part, dans 43,6% des séances, l’examen était loco-régional, c’est-à-dire ne concernant strictement qu’une zone corporelle limitée.
De plus, 46,2% des séances n’ayant pas nécessité d’examens cliniques, ne comportaient la réalisation d’aucun autre acte particulier; 18,4% comportaient une injection (ou un vaccin) ; 15,7% incluaient un entretien à visée psychothérapique, et 15,6% une action de conseil ou d’éducation sanitaire. Enfin, 60% des séances ne comportaient qu’un examen, suivi éventuellement d’une prescription. (1)
« On voit qu’on n’a pas besoin d’examiner systématiquement le patient si on décide que l’anamnèse est la partie la plus importante de l’examen clinique. Il n’est pas nécessaire non plus d’examiner le patient de la tête aux pieds si certains problèmes ont déjà été pris en charge. L’examen complet ne doit être fait qu’en cas de nécessité » conclut le Dr Kandel.
(1) Actes et fonctions du médecin généraliste dans leurs dimensions médicales et sociales, SFMG, juin 1997.
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