LE QUOTIDIEN : L’examen clinique est-il de moins en moins pratiqué en médecine générale ?
Dr PAUL FRAPPE : Je ne pense pas. Il est toujours considéré comme un incontournable, mais il est peut-être pratiqué différemment. Il est moins systématique. Il y a eu une évolution, du fait des médecins mais aussi de la société. Avant, il était accepté plus facilement. Il était normal de penser que lorsqu’on allait chez le médecin, on était en sous-vêtements. Aujourd’hui, la relation médecin-malade a évolué. Le rapport à la pudeur, à cet aspect un peu mécaniste, a changé. Dans une relation médecin-patient, surtout au long cours, les patients ne veulent pas « rentrer dans des tuyaux » et passer au check-up comme dans une machine.
Est-il différent selon l’âge du médecin ?
Au-delà de l’évolution de la société, les médecins, au cours de leur carrière, évoluent également. Ils n’ont pas, selon leur âge, le même rapport à l’examen clinique. D’abord parce qu’ils connaissent de mieux en mieux leur patientèle, ils lui font de plus en plus confiance, etc. À l’inverse, pour le jeune médecin qui sort de ses études, l’examen clinique est peut-être plus théorique.
L’enseignement de la faculté correpond-t il à la réalité du cabinet d’aujourd’hui ?
Pour certains enseignants, le patient doit avoir été vu nu de façon systématique. Aujourd’hui, nombre de patients ne réclament pas cela de la part de leur médecin. Il me semble exister une demande plus personnalisée de prise en charge. Ainsi, la prise de tension systématique, chère au cœur des plus anciens, est moins réclamée par la nouvelle génération de malades.
L’évolution de l’examen est-elle liée aussi aux nouvelles techniques d’auto-examen ?
Il existe certainement un rapport plus « gadgétisé » à toutes les données de l’examen clinique. Les patients sont aujourd’hui plus autonomes, avec leurs objets connectés. Que ce soit pour mesurer leur pouls, leur tension chez eux, leur ECG avec leur montre connectée. Ce qui fait forcément évoluer le visage de l’examen clinique et peut aboutir à des situations presque pathologiques, où l’on voit certains malades arriver en consultation avec leurs graphes, les fichiers Excel de leur tension ou de leur pouls, et qui deviennent focalisés dessus, de façon envahissante et anxiogène. Idem pour le Dextro. C’est donc une nouvelle façon pour le patient de gérer lui-même une partie de son examen clinique. Plus récemment, avec le Covid, l’importance de la saturation est oxygène est soulignée. Les gens commencent à s’apercevoir que l’on peut acheter des saturomètres. Dans quelques années, il est possible que cet objet soit achetable en grande distribution.
La télémédecine joue-t-elle un rôle dans ce changement ?
Effectivement. Le médecin doit alors s’approprier de nouvelles modalités d’examen clinique. Pour envisager une douleur abdominale ou une dyspnée derrière un écran, il faut développer une nouvelle sémiologie, en envisageant la pâleur du patient, en lui demandant d’appuyer lui-même sur telle ou telle partie de son corps. Arriver à rédiger le corpus théorique de l’examen clinique qui va correspondre à la télémédecine est une nouvelle gageure.
Quel est le rôle de l’essor des examens complémentaires ?
La batterie de ces examens augmente en effet sans arrêt. Entre le risque médico-légal et leur disponibilité plus grande, il est possible que le médecin « déclenche » plus facilement leur prescription. Mais on sait que pour obtenir ces examens complémentaires rapidement, (comme, par exemple une IRM) auprès de ceux qui les font, il faut posséder une série de renseignements cliniques précis sur lesquels appuyer sa demande. Et donc avoir fait un bon examen. La valeur de l’examen clinique est donc toujours centrale, même s’il a changé, en étant moins intégral, mieux expliqué aux patients, pour qui enlever ses sous vêtements devant le médecin ne va plus de soi. D’autant que certains malades, pour dire qu’ils ne toléraient plus telle ou telle attitude ont utilisé l’outil judiciaire, comme lors de l’affaire des touchers vaginaux réalisés par des étudiants sur une patiente endormie.
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