« Partout dans le monde, nous passons pour le pays de l’art de vivre avec le tryptique "tourisme – gastronomie, vins et spiritueux – luxe". De Los Angeles à Pékin, personne ne nous conteste cette force », constate Philippe Faure, président délégué du conseil de promotion du tourisme auprès du Ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Il était l’invité d’un récent d’un débat à la Fondation Nestlé France sur la culture alimentaire française. Après une longue carrière diplomatique menée aux États-Unis, en Espagne, au Mexique, au Maroc puis au Japon, Philippe Faure peut témoigner de la portée de notre gastronomie, jusqu’aux lieux les plus inattendus. Ainsi, convié à plusieurs reprises par l’empereur du Japon en compagnie d’autres ambassadeurs, Philippe Faure a eu la surprise de découvrir que les menus gastronomiques typiquement français étaient la norme en pareille occasion. « Au Palais impérial, qui dit repas de fêtes dit repas à la française », explique-t-il. Mais tout n’est pas si rose pour notre haute cuisine nationale. « Curieusement, se développe aussi de manière insidieuse le sentiment d’une perte de vitesse. On a comme l’impression que la grande gastronomie française serait datée au carbone 14, faute de renouvellement », confie Philippe Faure.
La faute notamment aux nouveaux modes de notation ou de réservation, à l’instar de LaFourchette, (récemment rachetée par l’incontournable site Internet Tripadvisor) ou le classement mondial des « 50 best restaurants », dans lequel seulement 5 restaurateurs français figurent au palmarès 2014. Si la haute gastronomie française demeure internationalement reconnue, celle-ci tend à s’enfermer dans un phénomène de niche. « Le restaurant français, c’est surtout quand on a quelque chose à fêter et ce caractère événementiel nous fixe dans le secteur du luxe », évoque Philippe Faure.
Bistrots et brasseries
Au final, la gastronomie française touche essentiellement un large public par le biais de la cuisine intermédiaire des bistrots et autres brasseries. Et c’est là que le bât blesse. « Le bistrot français à l’étranger ne se porte pas bien et a tendance à chuter », fait remarquer l’ex-ambassadeur. Et ce, au grand bénéfice de la cuisine italienne, aujourd’hui « la plus populaire de la planète », poursuit-il.
Quant à nos établissements nationaux de moyenne gamme, le tableau est encore plus sombre. Dans un rapport d’étape publié à l’automne 2014, le Conseil de promotion du tourisme pointe un réel « déficit de qualité » générale pour nos bistrots et brasseries. « La cuisine intermédiaire s’est progressivement détériorée, à Paris comme en province. (…) Le menu y est faussement varié avec des cartes si complexes qu’elles ne peuvent que traduire de la cuisine industrielle », peut-on lire dans ce document.
Volonté et moyens
En s’éloignant sans cesse des principes de base de l’art culinaire, ces établissements populaires égratignent dangereusement l’image de notre gastronomie. Car, sur internet et les réseaux sociaux, les retours des touristes étrangers sont très souvent affligeants. Pour Philippe Faure, il devient donc urgent d’agir. « On est en train de réfléchir avec les professionnels sur un label avec un engagement sur les prix, des produits du terroir et une carte resserrée », indique-t-il. Pour redorer son image au niveau international, la gastronomie française a aussi besoin de moyens. « Les pays qui viennent nous concurrencer (Espagne, États-Unis, Scandinavie, Italie, Suisse, Australie, Pérou…) ont une politique publique volontariste de soutien à la gastronomie et à leurs produits. Ils engagent des sommes bien supérieurs aux nôtres (de l’ordre de 1 à 10 relativement à leur PIB) avec un retour sur investissement », constate le Conseil de promotion du tourisme qui doit remettre des recommandations pour un nouveau plan d’action national le 9 juin 2015.
Samuel Spadone
Exergue ou légende
La cuisine française n’est pas la plus accessible au grand public
Sur les réseaux sociaux, les retours des touristes étrangers sont très souvent affligeants
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