La pénurie des spécialités à base d’amoxicilline, l'un des antibiotiques les plus utilisés chez les enfants, inquiète les principales organisations de pédiatres et infectiologues. « Toutes les conditions sont réunies pour une crise majeure de santé publique en pédiatrie, et ce, à très brève échéance (quelques jours) », ont prévenu dans un communiqué commun le Groupe de pathologie infectieuse pédiatrique (GPIP), la Société française de pédiatrie (SFP), l’Association française de pédiatrie ambulatoire (Afpa) et la Société de pathologie infectieuse de langue française (Spilf).
Selon ces organisations, qui ont déjà publié des recommandations pour faire face à la situation, cette crise pourrait être encore pire que celle liée à l'épidémie de bronchiolite, qui s'avère cette année particulièrement violente et met déjà le système de santé à rude épreuve. Le risque pourrait être supérieur « en termes de morbimortalité ».
Les autorités sanitaires ont pris acte la semaine dernière de « fortes tensions d'approvisionnement » sur l'amoxicilline. Cet antibiotique est destiné à lutter contre une série d'infections bactériennes comme certaines otites et pneumonie. Pour l'heure, c'est sous sa forme de sirop, principalement utilisée chez les enfants, que l'amoxicilline manque. Mais les médecins redoutent que la pénurie déborde sur l'ensemble de ces antibiotiques.
Les mesures prises par les autorités jugées insuffisantes
« Les stocks des alternatives aux formes pédiatriques d'amoxicilline ne permettront pas de tenir au-delà de quelques semaines », notent-ils. Par ricochet, les formes « adultes » de cet antibiotique pourraient donc à leur tour se mettre à manquer. À plus long terme, les médecins redoutent même une pénurie des médicaments « de recours », proposés comme second choix quand l'amoxicilline manque.
Ils jugent insuffisantes les mesures prises par les autorités, qui ont notamment limité la quantité d'amoxicilline que les pharmaciens peuvent distribuer à chaque patient. Il faut, selon eux, envisager une « restriction drastique » de la prescription de cet antibiotique, si besoin en imposant directement des contraintes aux médecins. Ils appellent aussi à ce que le diagnostic précis soit donné sur les ordonnances.
Les antibiotiques, qui n'ont par exemple aucun intérêt contre la bronchiolite, tendent à être prescrits bien trop largement, et les autorités ont d'ores et déjà demandé aux médecins de faire montre de discernement.
Mais « il sera probablement nécessaire de revoir un grand nombre de recommandations et de les faire appliquer de façon plus contraignante », estiment les organisations de pédiatres et d'infectiologues.
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