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Dossier

Les députés jugent la loi Touraine

Sur la loi de santé, la droite s’y prendrait-elle autrement ?

Publié le 06/02/2015
Sur la  loi de santé, la droite s’y prendrait-elle autrement ?


GARO/PHANIE

Mais où était donc passée la droite ? Discrète depuis des mois, puis attentive au début du mouvement des médecins libéraux, elle se réveille ces dernières semaines. À l’image de Nicolas Sarkozy qui multiplie les contacts avec les professionnels de santé. Alors que la date de l’examen du projet de loi au Parlement approche, on promet déjà des amendements visant à « vider » de son contenu le texte de Marisol Touraine. Mais l’opposition aura, par définition, du mal à changer la donne… Et, pour la suite, l’alternance n’est qu’en train de se préparer...

Retrait pur et simple de la loi santé ! Fin décembre, c’est sans surprise, mais sans trop d’ostentation que l’UMP a demandé – dès le début de la grève des professionnels de santé – la suppression du projet de loi santé. « Le gouvernement s’enferme dans ses certitudes et n’entend pas la voix des professionnels qui ont rarement été aussi unitaires dans leur mécontentement », tonnait Arnaud Robinet, le jeune (il n’a pas quarante ans) secrétaire national du parti en charge de la santé. Au même moment, Bernard Debré, député UMP de Paris, soutenait également l’opposition des généralistes au tiers payant, avec lequel « il n’y aura plus de médecine libérale », prédisait cette figure emblématique de la droite. Quant à Éric Woerth, l’ancien ministre du Budget, il pourfendait là une « fausse bonne idée ».

L’opération séduction à destination des médecins ne faisait que commencer. Elle se poursuit en ce début 2015. Le « nouveau » président de l’UMP, Nicolas Sarkozy, en personne, a tenu à recevoir l’ensemble du corps médical ces dernières semaines. Syndicats de médecins libéraux ou hospitaliers, pharmaciens et autres professions libérales de la santé, tous ont été ou seront reçus au siège de l’UMP. Et, parallèlement, le pôle social du parti a été restructuré depuis son retour à sa tête, fin novembre. Quatre secrétaires nationaux ont été nommés qui touchent de près ou de loin au dossier santé : Arnaud Robinet, en charge de la Santé, Nora Berra pour les professions libérales, Claude Greff pour les solidarités et Jean-Pierre Door pour la protection sociale.

Critiques acerbes, surtout sur le tiers payant généralisé

Si tout semble se remettre en marche à l’UMP, il est sans doute prématuré de parler d’un programme de la droite en matière de santé. A priori, sur le chapitre prévention, l’UMP est plutôt d’accord avec Marisol Touraine. « Dans la partie prévention du texte de loi, il y a des choses qui vont dans le bon sens », concède Arnaud Robinet. Même point de vue pour le Dr Jean-Pierre Door, député du Loiret qui concède que le « projet de loi qui devait être issu de la Stratégie nationale de santé pouvait apporter de bonnes choses ». Mais il regrette que son écriture se soit alors éloignée des conclusions des débats régionaux pour une vision « technocrate et dogmatique ». Et surtout, le texte est pour lui devenu une « attaque en règle contre la médecine libérale ».

 

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En cas d’alternance politique, la droite n’hésiterait pas à revenir sur la loi Touraine. À commencer par la suppression de la généralisation du tiers payant. C’est clair pour Arnaud Robinet, étoile montante de l’UMP et symbole de la reconquête, qui a repris la ville de Reims au PS aux dernières municipales. Pour lui, c’est le type même de la mesure « démagogique » puisque « le tiers payant existe déjà pour les Français qui ont peu de moyens ». Pas question pour le secrétaire national de l’UMP en charge de la Santé de voir les médecins « sous la coupe de l’Assurance maladie et des mutuelles ». C’est « la plus grosse bourde de Marisol Touraine », pense aussi Jean-Pierre Door pour qui une conclusion s’impose : « Il faut qu’elle revoie sa copie ! ».

Quant au Dr Nora Berra, elle se dit carrément « abasourdie » par le comportement du gouvernement. Aux yeux de l’ancienne secrétaire d’Etat à la Santé de Xavier Bertrand c’est « toute la philosophie du texte » qui ne va pas. « Il ne contient aucune réforme structurelle. Mais surtout ce qu’on entend dans nos auditions, c’est le mépris que ressentent les médecins de la part de la ministre ». Le « service public territorial de santé » est l’autre bête noire de la droite. Pierre angulaire selon elle d’une politique de santé centrée sur l’hôpital, les articles qui s’y rattachent sont à « mettre à la poubelle », dixit Jean-Pierre Door.

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Une convention santé de l’UMP au printemps

La critique est aisée, mais l’art est difficile… À la Fédération des métiers de la santé de l’UMP une cinquantaine de personnes – libéraux de santé, hospitaliers, paramédicaux, industriels de santé ou de la protection sociale – se réunissent chaque mois pour évoquer les dossiers « chauds » de la santé. Président de la Fédération, le Dr Michel Hannoun, ancien député de l’Isère, assure que « la phase de reconstruction » est en cours à l’UMP. « Je reçois beaucoup d’emails – de sympathisants médecins, mais pas seulement – qui expriment leur malaise par rapport à la politique menée aujourd’hui par François Hollande. Ils pointent directement la loi santé de Marisol Touraine et la loi Macron ». Mais surtout, le libéral qu’il était, alerte sur « la disparition du secteur » en question frappé par une « hémorragie à bas bruit ».

La Fédération qui participe à « remonter les plaintes des Français » rencontre également – « régulièrement » d’après son président – les représentants des différents syndicats. Elle aide ainsi à formuler les points de vue qui ressortent de ces rencontres et aiguillent les parlementaires dans leur réflexion, parfois même dans l’écriture de leurs amendements.

D’ailleurs, des amendements, les députés de droite comptent bien en déposer un certain nombre concernant le projet de loi de santé de Marisol Touraine. L’exécutif du parti que représente sur ce dossier Arnaud Robinet assure que des propositions seront défendues mais que pour l’heure il est impossible d’en communiquer précisément le contenu. On n’abat pas ses cartes alors que le jeu vient à peine de commencer… Une chose est certaine : l’ensemble des amendements devra en tout état de cause être déposé fin février pour un débat au sein de l’Assemblée fin avril voire début mai, avancent certains. Et ça tombe bien puisque l’UMP prévoit, à cette même période, d’organiser une Convention sur la santé…

Les syndicats, flattés mais pas dupes

Cet intérêt marqué depuis le début du conflit par la droite n’est pas sans conséquence sur les animateurs de la grogne. Comme le reconnaît volontiers le président de MG France, Claude Leicher, « il est clair que ces rencontres avec Nicolas Sarkozy mettent la pression sur le gouvernement actuel ». Et pour enfoncer le clou, le généraliste de la Drôme rappelle que l’ancien président de la République était intervenu en personne pour débloquer la situation en 2011 et « donner le C à 23 euros ». Mais, si le Dr Leicher est plutôt « content » de savoir que « leur » cause intéresse l’opposition, il réclame surtout que « l’Elysée et Matignon » les sortent du conflit.

Sceptique, le président de la CMSF, Jean-Paul Ortiz, qui a également été reçu par Nicolas Sarkozy, reste prudent sur l’avenir. « Le président de l’UMP a marqué son intérêt par rapport à notre contestation mais bien malin serait celui qui pourrait dire ce qu’il y aura dans le projet de loi santé ? ». Autrement dit, difficile pour l’heure de croire en des promesses contre un texte qui n’est pas encore voté et qui est en cours de réécriture…

Tout aussi méfiant, Jean-Paul Hamon, président de la FMF ne voit là qu’« un exercice obligé de la part de Sarkozy pour reconquérir sa base et le faire savoir ». Mais on sent bien que ce n’est pas sa tasse de thé. Il n’a pas trop envie de rentrer dans les détails ». Pour le nouveau président du SML, Éric Henry, ce rendez-vous était une première. Le généraliste breton qui se félicite de cette rencontre regrette toutefois de ne pas avoir été invité par le parti socialiste pour faire la même chose… « La seule personne pour l’instant qui nous a reçus, c’est l’UMP. La ministre de la Santé est, elle, enfermée dans un monde où elle n’entend rien ».

 

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L’UMP ne s’intéresse pas qu’aux leaders. À preuve, la visite de Nicolas Sarkozy la semaine dernière à Tourcoing (Nord) où il a rencontré Bertrand Legrand (CSMF). Ce médecin généraliste, qui s’est récemment fait connaître par la création d’un « Observatoire du tiers payant » semble conquis : « L’ancien président a trouvé les mots pour nous rassurer. Il était très à l’écoute et cherchait à comprendre ce qui se passe sur le terrain ». Pour l’UMP, raison de plus pour continuer à labourer le terrain… En attendant la moisson ?