Actualité oblige, la controverse du congrès portait cette année sur l’existence du « neuroCovid ». Dès février 2020, des publications ont évoqué la possibilité d’atteintes neurologiques avec le SARS-CoV-2, mais le sujet ne fait pas consensus. En effet, si tout le monde s’accorde sur la réalité des complications neurologiques du Covid-19 (observées chez 8 à 13 % des malades hospitalisés), l’existence d’atteintes neurologiques directes ou « neuro-Covid » convainc de moins en moins. Certains neurologues, comme le Pr Jérémie Pariente (CHU de Purpan, Toulouse), défendent toutefois cette hypothèse, tout en reconnaissant que le phénomène est probablement très rare. Pour d’autres, à l’instar du neurologue Hicham El Otmani (Casablanca, Maroc), le neuroCovid n’existe pas, en premier lieu « parce que le SARS-CoV-2 n’est ni neurotrope ni gliotrope ». Un sentiment partagé par le Dr Thomas De Broucker (Saint-Denis), qui dirige le registre français NeuroCovid. « Avec les données dont nous disposons désormais, il n’y a pas d’argument solide en faveur de l’implication directe du SARS-CoV-2 et d’une invasion virale du système nerveux central, notamment par le système olfactif. »
Les études neuropathologiques ont en effet surtout montré des lésions cérébrales vasculaires et la présence du SARS-CoV-2 dans l’endothélium vasculaire. Cette atteinte vasculotrope s’explique par l’abondance de récepteurs ACE2 portés par l’endothélium vasculaire.
Des lésions inflammatoires ou micro-vasculaires avant tout
Des publications de plus en plus nombreuses confirment que la réaction inflammatoire et l’atteinte microvasculaire jouent un rôle majeur dans les lésions observées. « On ne retrouve pas, par contre, de lésions cytopathologiques des neurones ni de la glie », ajoute Hicham El Otmani.
Pour le neurologue, « l’essentiel des manifestations neurologiques au cours du Covid-19 et plus particulièrement des formes sévères ne serait donc que le témoin d’une forte inflammation avec une maladie systémique sévère où se mêlent sepsis, iatrogénie, hypercoagulabilité, ce qui explique que l’encéphalopathie aiguë (ainsi que l’AVC ischémique) soit la manifestation la plus homogène et plus fréquemment décrite ».
Et s’il existe effectivement des manifestations immuno-médiées avec des atteintes neurologiques de physiopathologie para/post infectieuse (syndrome de Guillain-Barré, encéphalomyélite aiguë disséminée, myoclonie, ataxie cérébelleuse…), « cela reste très rare et non spécifique à cette maladie ». Par ailleurs, quelques patients peuvent avoir des symptômes neurologiques après leur guérison, du registre principalement de la fibromyalgie, mais « il n’y a aucune donnée en faveur de lésions du système nerveux central dans les cas de symptômes post-Covid de type “neurologiques” ». Des travaux en cours évaluent l’implication d’un syndrome somatique fonctionnel, faute d’anomalies visibles lors des explorations cliniques et paracliniques neurologiques.
Article précédent
Douleurs neuropathiques : la stimulation transcrânienne répétitive confirme son intérêt
Douleurs neuropathiques : la stimulation transcrânienne répétitive confirme son intérêt
Le neuroCovid existe-t-il ?
Santé mentale des jeunes : du mieux pour le repérage mais de nouveaux facteurs de risque
Autisme : la musique serait neuroprotectrice chez les prématurés
Apnée du sommeil de l’enfant : faut-il réélargir les indications de l’adénotonsillectomie ?
Endométriose : le ministère de la Santé annonce une extension de l’Endotest et un projet pilote pour la prévention